— Je vous prie de venir avec moi. Je sens que je vous dois quelque chose à tous deux, car c'est moi qui vous ai fait quitter vos foyers. Jim Horscroft est manquant.
Je sursautai à ces mots, car avec cette attaque furieuse, et la faim, et la fatigue, j'avais complètement oublié mon ami depuis qu'il s'était élancé contre la Garde française, en entraînant tout le régiment.
— Je suis en train de faire le relevé de nos pertes, dit le major, et si vous vouliez bien venir avec moi, vous me feriez grand plaisir.
Nous voilà donc en route, le major, les deux sergents et moi.
Oh! certes, c'était un terrible spectacle, si terrible, que malgré le nombre d'années qui se sont écoulées, je préfère en parler le moins possible.
C'était bien horrible à voir dans la chaleur du combat, mais maintenant, dans l'air froid du matin, alors qu'on n'a pas le tambour ni le clairon pour vous exciter, tout ce qu'il y a de glorieux a disparu, il ne reste plus qu'une vaste boutique de boucher, où de pauvres diables ont été éventrés, écrasés, mis en bouillie, où l'on dirait que l'homme a voulu tourner en dérision l'oeuvre de Dieu.
L'on pouvait lire sur le sol chaque phase du combat de la veille: les fantassins morts, formant encore des carrés, la ligne confuse de cavaliers qui les avaient chargés, et en haut, sur la pente, les artilleurs gisant autour de leur pièce brisée.
La colonne de la Garde avait laissé une bande de morts à travers la campagne.
On eût dit la trace laissée par une limace. En tête, se dressait un amas de morts en uniforme bleu, entassés sur les habits rouges, à l'endroit où avait eu lieu cette étreinte furieuse, lorsqu'ils avaient fait le premier pas en arrière.
Et ce que je vis tout d'abord, en arrivant à cet endroit, ce fut
Jim, lui-même.