Il gisait, de tout son long, étendu sur le dos, la figure tournée vers le ciel.

On eut dit que toute passion, toute souffrance s'étaient évaporées.

Il ressemblait tout à fait à ce Jim d'autrefois, que j'avais vu cent fois dans sa couchette, quand nous étions camarades d'école.

J'avais jeté un cri de douleur en le voyant, mais quand j'en vins à considérer son visage, et que je lui trouvai l'air bien plus heureux, dans la mort, que je n'avais jamais espéré de le voir pendant sa vie, je cessai de me désoler sur lui.

Deux baïonnettes françaises lui avaient traversé la poitrine.

Il était mort sur le champ, sans souffrir, à en croire le sourire qu'il avait sur les lèvres.

Le major et moi, nous lui soulevions la tête, espérant qu'il restait peut-être un souffle de vie, quand j'entendis près de moi une voix bien connue.

C'était de Lissac, dressé sur son coude, au milieu d'un tas de cadavres de soldats de la Garde.

Il avait un grand manteau bleu autour du corps. Son chapeau à grand plumet rouge, gisait à terre, près de lui.

Il était bien pâle. Il avait de grands cercles bistrés sous les yeux, mais, à cela près, il était resté tel qu'il était jadis, avec son grand nez tranchant d'oiseau de proie affamé, sa moustache raide, sa chevelure coupée ras et clairsemée jusqu'à la calvitie, au haut de la tête.