Dès midi, étant gris, il était descendu aux coteaux de Westhouse, pour se battre avec le champion Gipsy et on n'était pas certain que l'homme passât la nuit.
Mon père avait rencontré Jim sur la grande route, terrible comme un nuage chargé de foudre, et prêt à insulter le premier qui passait.
— Mon Dieu! dit le vieillard, il se fera une belle clientèle, s'il commence à rompre les os aux gens.
La cousine Edie ne fit que rire de tout cela, et j'en ris pour faire comme elle, mais je ne trouvais rien de bien plaisant dans la nouvelle. Le surlendemain, je me rendais à Corriemuir par le sentier des moutons quand je rencontrai Jim en personne, qui marchait à grands pas.
Mais ce n'était plus le gros gaillard plein de bonhomie qui avait partagé notre soupe l'autre matin.
Il n'avait ni col, ni cravate. Son gilet était défait, ses cheveux emmêlés, sa figue toute brouillée, comme celle d'un homme qui a passé la nuit à boire.
Il tenait un bâton de frêne, dont il se servait pour cingler les genêts de chaque côté du sentier.
— Eh bien, Jim, dis-je.
Mais il me jeta un de ces regards que je lui avais vus plus d'une fois à l'école, quand il avait le diable au corps, qu'il se savait dans son tort et mettait toute sa volonté à s'en tirer à force d'effronterie.
Il ne me répondit pas un mot. Il me dépassa sur le sentier étroit et s'éloigna d'un pas incertain, toujours en brandissant son bout de frêne et abattant les broussailles.