Lannée 1815 était déjà fortement entamée.

Le grand Empereur vivait toujours à l'île d'Elbe, se rongeant le coeur; tous les ambassadeurs, réunis à Vienne, continuaient à se chamailler sur la façon de se partager la peau du lion, maintenant qu'ils l'avaient réduit aux abois pour tout de bon.

Quant à nous, dans notre petit coin de l'Europe, nous étions tout absorbés par nos menues et pacifiques occupations, le soin des moutons, les voyages au marché de bestiaux de Berwick, et les causeries du soir devant le grand feu de tourbe.

Nous ne nous figurions guère que les actes de ces hauts et puissants personnages pussent avoir une influence quelconque sur nous.

Quant à la guerre, eh bien, n'était-on pas tous d'accord pour admettre que la grande ombre avait disparu pour toujours de dessus nos têtes, et que si les Alliés ne se prenaient pas de querelle entre eux, il se passerait cinquante autres années avant qu'il se tirât en Europe un seul coup de fusil.

Il y eut pourtant un incident qui se dresse en contour très net dans ma mémoire. Il survint, je crois, vers la fin de février de cette année-là, et je vous le conterai avant d'aller plus loin.

Vous savez, j'en suis sûr, comment sont faites les tours d'alarme de la frontière.

Ce sont des masses carrées, disséminées de distance en distance le long de la ligne de partage et construites de façon à donner asile et protection aux gens du pays contre les maraudeurs et les bandits.

Lorsque Percy et ses hommes étaient partis pour les Marches, on amenait une partie de leur bétail dans la cour de la tour, on fermait la grosse porte, et on allumait du feu dans les brasiers placés au sommet.

C'était un signal auquel devaient répondre de même les autres tours d'alarme.