[IX-Une passe d'armes au Sanglier Bleu.]
Je dormais depuis quelques heures, lorsque je fus réveillé brusquement par un fracas prodigieux, suivi d'un bruit d'armes entrechoquées et de cris perçants qui parvenaient du rez-de-chaussée.
Je me levai aussitôt.
Je m'aperçus que le lit qu'avait occupé mon camarade était vide, et que la porte de la chambre était ouverte.
Comme le vacarme continuait et qu'il me semblait y reconnaître sa voix, je pris mon épée et sans prendre le temps de me couvrir de mon casque, de ma cuirasse et de mes brassards, je courus vers l'endroit où avait lieu cette scène de désordre.
Le vestibule et le corridor étaient encombrés de sottes servantes et de voituriers, qui restaient là, ouvrant de grands yeux, et que le vacarme avait attirés, comme moi.
Je me frayai passage à travers ces gens, jusque dans la salle où nous avions déjeuné le matin, et où régnait la plus grande confusion.
La table ronde, qui en occupait le centre, avait été renversée et trois bouteilles de vin brisées.
Des pommes, des poires, des noix, les morceaux des assiettes qui les avaient contenues, jonchaient le sol.
Deux paquets de cartes et un cornet à dés gisaient parmi les débris du festin.