Près de la porte, Decimus Saxon était debout, la rapière nue en main, une seconde rapière sous ses pieds.

En face de lui, un jeune officier en uniforme bleu, la figure pourpre de confusion et de colère, jetant autour de lui des regards furieux comme s'il cherchait une arme pour remplacer celle qu'on lui avait enlevée.

Il aurait pu servir de modèle à Cibber ou à Gibbons pour une statue représentant la rage impuissante.

Deux autres officiers, portant le même uniforme bleu, étaient debout près de leur camarade, et comme je les avais vus mettre la main sur la garde de leurs épées, je pris place à côté de Saxon, en me tenant prêt à frapper, si l'occasion se présentait.

—Qu'est-ce que dirait le maître d'armes, le maître d'escrime? raillait mon compagnon. M'est avis qu'il serait cassé de son emploi pour ne vous avoir point appris à faire meilleure figure. Foin de lui! Est-ce ainsi qu'il enseigne aux officiers de la garde de Sa Majesté à se servir de leurs armes?

—Cette raillerie, monsieur, dit le plus âgé des trois, un homme trapu, brun, aux gros traits, n'est pas imméritée. Et pourtant, vous auriez pu vous en dispenser. Je me permets de trouver que notre ami vous a attaqué avec un peu trop de précipitation et qu'un soldat aussi jeune aurait dû témoigner un peu plus de déférence à un cavalier aussi expérimenté que vous.

L'autre officier, personnage aux traits fins, à l'air noble, s'exprima d'une façon presque identique.

—Si ces excuses sont admises, dit-il, je suis prêt à y ajouter les miennes. Si toutefois on en demande davantage, je serai heureux de prendre la querelle à mon compte.

—Non, non, ramassez votre poinçon, répondit Saxon, d'un ton de bonhomie, en poussant du pied la rapière du côté de son tout jeune adversaire, seulement faites attention à ceci: quand vous vous fendez à fond, dirigez votre pointe en bas plutôt qu'en haut. Sans quoi vous risquez d'exposer votre poignet au coup de votre adversaire, qui, sans doute, ne manquera pas de vous désarmer. Qu'on tire en quarte, en tierce ou en seconde, la même règle est applicable.

Le jeune homme remit son épée au fourreau, mais il était si confus d'avoir été battu avec tant de facilité, et de la façon dédaigneuse dont son adversaire le renvoyait, qu'il fit demi-tour et sortit.