Toutes ces taches brillantes étaient animées d'un mouvement rapide, et cependant elles conservaient leurs distances respectives.
—Qu'est-ce donc? fîmes-nous d'une seule voix.
—Cavalerie en marche, dit Saxon. Il se pourrait que ce soient nos amis de Salisbury, qui auront fait une longue journée de marche, ou bien, comme je suis porté à le croire, c'est un autre corps de la cavalerie royale. Ils sont très loin, et ce que nous voyons n'est que le reflet du soleil sur leurs casques; et cependant, si je ne me trompe, c'est vers ce village même qu'ils se dirigent. Il serait fort prudent de n'y point entrer, de peur que les paysans ne les mettent sur nos traces. Il faut le doubler et pousser jusqu'à Bruton, où nous aurons du temps de reste pour potage et souper.
—Hélas! Hélas! notre dîner! s'écria Ruben d'un ton piteux. J'ai tellement diminué que mon corps s'agite en dedans de cette carapace d'armure, comme un pois dans sa gousse. N'importe, mes amis. En avant pour la foi protestante!
—Encore un bon coup de collier, pour arriver à Bruton, et nous pourrons nous reposer tranquillement. C'est un mauvais dîner que celui où on peut nous servir un dragon comme dessert après le rôti. Nos chevaux sont encore frais, et nous arriverons en une heure au plus.
L'on se remit donc en route, en se tenant à distance du danger et de Mere, ce village ou Charles II se cacha après la bataille de Worcester.
Au sortir de là, la route était encombrée de paysans, qui abandonnaient le comté de Somerset, et de carrioles de fermiers, qui transportaient des charges de vivres dans l'ouest et qui étaient disposés à recevoir quelques guinées des troupes royales comme des rebelles.
Nous en interrogeâmes un grand nombre pour avoir des nouvelles de la guerre, mais bien que nous fussions alors dans le voisinage du pays qui était troublé, nous ne pûmes rien savoir de précis sur la situation, sinon que, de l'avis de tous, le soulèvement gagnait du terrain.
La contrée que nous parcourions était belle: formée de collines basses, ondulantes, bien cultivée et arrosée par de nombreux petits cours d'eau.
Nous franchîmes la rivière de Brue sur un bon pont de pierre et nous arrivâmes enfin à la petite ville campagnarde qui était le but de notre course.