Cette route décrivait une courbe autour de la base d'une hauteur bien boisée. Puis, elle se continuait en droite ligne un ou deux milles avant de rejoindre l'autre.
Au point culminant de la hauteur, il se trouvait un épais fourré d'arbres.
Parmi leurs troncs, on voyait aller et venir de brillants reflets d'acier indiquant la présence de gens armés.
Plus loin, à l'endroit où la route changeait brusquement de direction, et courant sur la crête de la hauteur, on voyait le contour de plusieurs cavaliers se détacher nettement sur le ciel du soir.
Et, cependant, il régnait un tel calme, une telle paix sur cette vaste étendue de campagne, où s'épandait la lumière adoucie et dorée du soleil à son déclin, avec sa douzaine de clochers de villages, et ses manoirs surgissant parmi les bois, qu'on avait peine à croire que le nuage, chargé de tonnerres guerriers, descendait peu à peu sur cette belle vallée, et que d'un instant à l'autre, la foudre pouvait en jaillir.
Toutefois les campagnards parurent comprendre sans aucune difficulté le danger auquel ils étaient exposés.
Ceux qui fuyaient de l'Ouest, poussèrent un hurlement de consternation et descendirent en courant éperdument, fouettèrent leurs bêtes de somme, dans l'espoir de mettre autant de distance que possible entre eux et les assaillants.
Le chœur de cris perçants, d'exclamations, le claquement des fouets, le grincement des roues, et le bruit d'écroulement, quand une charrette chargée venait à verser, tout cela formait un vacarme assourdissant, que dominait la voix de notre chef de son timbre vif, énergique.
Il encourageait, il donnait des ordres.
Mais quand le chant sonore, métallique des clairons jaillit du bois et que les premiers rangs d'un escadron de cavalerie commencèrent à descendre la pente, la panique s'accrut, et il nous devint difficiles de maintenir un ordre quelconque dans ce flot furieux de fuyards épouvantés.