—Arrêtez cette charrette, Clarke, cria Saxon d'une voix ferme.
De son épée, il me désignait une vieille charrette sur laquelle étaient entassés meubles et literie et qui cheminait lourdement, traînée par deux chevaux aux os saillants.
Au même instant, je le vis pousser son cheval en pleine foule et saisir les traits d'un autre char semblable.
Je donnai de la bride à Covenant. Je fus bientôt sur la même ligne que la charrette indiquée par lui, et dont je parvins à maîtriser les deux jeunes chevaux malgré leur résistance.
—Amenez-la, cria notre chef, manœuvrant avec le sang-froid que donne seul un long apprentissage de la guerre. Maintenant, ami, coupez les traits.
Aussitôt une douzaine de couteaux furent à l'œuvre.
Les animaux, qui ruaient, qui se débattaient, s'enfuirent, laissant leur charge derrière eux.
Saxon sauta à bas de son cheval, et donna l'exemple pour placer la charrette en travers de la route, pendant que d'autres paysans, sous les ordres de Ruben et de Maître Josué Pettigrue, disposaient deux autres charrettes de façon à barrer la route à une cinquantaine de yards plus loin.
Cette dernière précaution avait pour but de parer à une attaque de la cavalerie royale, qui pouvait couper à travers champs et nous prendre par derrière.
Ce plan fut si promptement conçu et exécuté que bien peu de minutes après la première alarme, nous nous trouvions à l'abri derrière une haute barricade, et que cette forteresse improvisés contenait une garnison de cent cinquante hommes.