—Feu sur lui! Feu sur le perfide amalécite! hurlaient-ils. Il est allé rejoindre ses pareils. Il nous a livrés aux mains de l'ennemi. Judas! Judas!

Quant aux dragons, qui continuaient à se former pour la charge et qui attendaient que l'attaque de flanc fut prête, ils restèrent immobiles, silencieux, ne sachant que penser du cavalier en brillant costume qui arrivait à leur rencontre.

Mais nous ne restâmes pas longtemps dans le doute.

Dès qu'il fut arrivé à l'endroit où était tombé le cornette, il sauta à bas de son cheval, prit le pistolet du mort et la ceinture qui contenait la poudre et les balles.

Puis il se remit en selle, sans se presser, au milieu d'une grêle de balles qui faisaient voltiger autour de lui la poussière blanche, se dirigea vers les dragons et déchargea sur eux un de ses pistolets.

Alors faisant demi-tour, il leur ôta poliment son chapeau et vint nous rejoindre au galop, sans avoir reçu une égratignure, bien qu'une halle eût écorché un pâturon de son cheval, et qu'une autre eût fait un trou dans le pan de son habit.

Les paysans jetèrent un grand cri de joie en le voyant revenir, et depuis ce jour-là, notre ami put porter ses brillants costumes et se conduire à sa fantaisie, sans être soupçonné d'être monté sur un cheval infernal ou de manquer de zèle pour la cause des Saints.

—Ils avancent, cria Saxon. Que personne n'appuie sur la détente avant de m'avoir vu tirer! Si quelqu'un le fait, je lui envoie une balle, dût-elle être ma dernière, et quand même les soldats seraient au milieu de nous.

Quand notre chef eut prononcé cette menace et promené sur nous un regard farouche pour bien montrer qu'il l'exécuterait, le son perçant d'un clairon partit de la cavalerie qui nous faisait face, et ceux qui nous menaçaient de flanc y répondirent de même.

À ce signal, les deux troupes jouèrent des éperons et s'élancèrent sur nous de toute leur vitesse.