[III-Sur deux amis de ma jeunesse.]
Je crains, mes enfants, que vous ne trouviez le prologue trop long pour la pièce; mais il faut poser les fondations, avant d'élever l'édifice, et un récit de cette sorte serait bien piteux, bien stérile, si vous ne saviez rien des gens qui y figurent.
Ainsi donc, patientez, pendant que je vous parlerai de mes vieux amis de jeunesse, dont quelques-uns se retrouveront dans mon histoire, dont les autres restèrent au village natal, en exerçant toutefois sur mon caractère, dès cette époque, une influence dont les traces pourraient encore se retrouver.
Au premier rang parmi les meilleurs de ceux que j'ai connus, était Zacharie Palmer, le charpentier du village, dont le corps vieilli et déformé par le travail cachait l'âme la plus simple et la plus pure qui fût.
Mais sa simplicité n'était pas le moins du monde le résultat de l'ignorance, car il y avait peu de systèmes qu'il n'eût étudiés et pesés, depuis les leçons de Platon jusqu'à celles de Hobbes.
À l'époque de mon enfance, les livres étaient bien plus rares que de nos jours, les charpentiers étaient moins bien payés, mais le vieux Palmer n'avait ni femme ni enfant.
Il dépensait peu pour sa nourriture ou son entretien.
Ce fut ainsi qu'il arriva à avoir sur l'étagère, au-dessus de son lit, une collection de livres plus choisis—car ils étaient peu nombreux—que ceux du squire ou du curé.
Et ces livres, il les avait lus si bien qu'il était non seulement en état de les comprendre, mais encore de les expliquer aux autres.
Ce vénérable philosophe villageois à la barbe blanche, s'asseyait souvent par les soirs d'été devant la porte de sa chaumière, et n'était jamais plus content que quand quelques jeunes gens désertaient le jeu de boules ou des anneaux pour venir s'asseoir sur l'herbe, à ses pieds, et lui faire des questions sur les grands hommes d'autrefois, leurs paroles et leurs actions.