«Offre mes compliments à ton épouse. Qu'elle lise l'Épître à Timothée, chapitre huitième, du neuvième au quinzième verset.»

J'avais lu avec soin cette longue lettre.

Je la remis alors dans ma poche, et regagnai le logis pour déjeuner.

Mon père me jeta un regard interrogateur quand je rentrai, mais je ne dis rien pour y répondre, car j'avais l'esprit plein de ténèbres et d'incertitude.

Ce jour-là, Decimus Saxon nous quitta, en vue de faire le tour du pays pour remettre les lettres, mais en nous promettant de revenir bientôt.

Il survint une petite mésaventure avant son départ, car pendant que nous causions de son voyage, mon frère Hosea jugea à propos de jouer avec la poire à poudre de mon père, qui prit feu, en lançant tout à coup une grande flamme, et parsema les murs d'éclats de métal.

L'explosion fut si brusque et si violente que mon père et moi nous nous levâmes en sursaut, mais Saxon, qui tournait le dos à mon frère, resta immobile, se carrant sur sa chaise, sans jeter un coup d'œil derrière lui, sans qu'un changement parût sur sa figure aux traits rudes.

Par une chance incroyable, personne ne fut atteint, pas même Hosea, mais cet incident me donna quelque estime pour notre nouvelle connaissance.

Lorsqu'il partit, qu'il parcourut la rue du village, son long corps efflanqué, son visage étrange et ses traits durs, et le chapeau brodé d'argent de mon père, dont il était coiffé attirèrent plus d'attention que je n'en souhaitais, à raison de l'importance des missives qu'il portait, et de la certitude qu'elles seraient découvertes, dans le cas où on l'arrêterait comme inconnu n'ayant nul répondant.

Heureusement la curiosité des compagnons n'eut d'autre effet que de les grouper sur leurs portes et à leurs fenêtres, d'où ils contemplaient le passant en ouvrant de grands yeux, pendant que lui, enchanté de l'attention qu'il excitait, s'en allait à grandes enjambées, le nez en l'air et faisant tournoyer ma trique dans sa main.