Je n'étais pas encore bien loin, quand la voix enrouée de Salomon Sprent interrompit mes méditations.

—Ohé, là-bas, ohé! beugla-t-il, bien que sa bouche fût à quelques yards seulement de mon oreille, est-ce que vous allez passer à travers mon écubier sans ralentir la marche? Carguez les voiles, vous dis-je, carguez les voiles.

—Ah! dis-je, capitaine, je ne vous voyais pas. J'étais tout entier à mes réflexions.

—Tout à la dérive, et personne au poste de garde! dit-il en se frayant passage par la brèche de la haie. Par tous les nègres, mon garçon, les amis ne sont pas si nombreux, croyez-vous, qu'on puisse passer devant eux sans saluer du pavillon. Par ma foi, si j'avais de l'artillerie, je vous aurais envoyé un boulet par les baux.

—Ne vous fâchez pas, capitaine, car le vétéran avait l'air contrarié, j'ai bien des sujets de préoccupation ce matin.

—Et moi aussi, matelot, répondit-il d'une voix plus douce, que dites-vous de mon gréement, hein?

Il se tourna lentement en plein soleil, tout en parlant et je vis alors qu'il était vêtu avec une recherche peu ordinaire.

Il portait un habillement complet de drap bleu avec huit rangées de boutons, culottes pareilles, avec de gros flots de ruban attachés aux genoux.

Son gilet était d'une étoffe plus légère, semé d'ancres d'argent, avec une bordure de dentelle d'un doigt de largeur.

Sa botte était si large qu'on eût dit qu'il avait le pied dans un seau, et il portait un sabre d'abordage suspendu à un baudrier de cuir qui reposait sur son épaule droite.