—J'ai passé partout une nouvelle couche de peinture, dit-il en clignant de l'œil. Caramba, le vieux bateau ne fait pas eau, encore. Que diriez-vous à présent, si j'étais sur le point de jeter une aussière à un petit bachot pour le prendre à l'attache.

—Une vache!

—Une vache! Pour qui me prenez-vous? Non, mon garçon, une belle fille, un petit esquif comme on n'en a guère vu de plus solides faire voile vers le port conjugal.

—Voici bien longtemps que je n'ai appris de meilleures nouvelles, dis-je. Je ne savais pas même que vous fussiez fiancé. Alors, pour quand le mariage?

—Doucement, l'ami, doucement, et jetez votre sonde. Vous êtes sorti de votre chenal, et vous êtes en eau basse. Je n'ai jamais dit que je fusse fiancé.

—Quoi donc, alors? demandai-je.

—Je lève l'ancre, pour le moment. Je vais porter sur elle et lui faire sommation. Attention, mon garçon, reprit-il, en ôtant son bonnet et grattant ses cheveux rebelles. J'ai eu assez souvent affaire aux donzelles, depuis le Levant jusqu'aux Antilles, des donzelles comme en trouve le marin, toutes en maquillage et en poches. Dès qu'on a lancé sa première grenade à la main, elles baissent pavillon. Non, c'est un navire d'une autre coupe, que je ne connais pas, et si je ne manœuvre pas la barre avec attention, il pourrait bien se faire qu'il me laisse là entre le vent et l'eau, avant que je sache seulement si je suis fiancé. Qu'en dites-vous? Hé! Faut-il que je me range hardiment bord à bord, dites, et que je l'emporte à l'arme blanche, ou bien vaut-il mieux que je me tienne au large et que j'essaie d'un feu à distance? Je ne suis pas de ces savants avocats, retors à la langue bien huilée, mais si elle consent à prendre un compagnon, je lui serai dévoué, quelque vent, quelque temps qu'il fasse tant que mes planches dureront.

—Je ne suis guère en état de donner des conseils en un cas pareil, dis-je, car mon expérience est moindre que la vôtre. Je pense néanmoins qu'il serait préférable de lui parler le cœur sur la main, en langage bien clair, en langage de marin.

—Oui, oui, ce sera pour elle à prendre où à laisser. C'est de Phébé Dawson, la fille du forgeron, qu'il s'agit. Manœuvrons pour reculer, et prenons une goutte de véritable Nantes, avant de partir. J'en ai un baril qui vient d'arriver et qui n'a pas payé un denier au Roi.

—Non, il vaut mieux n'y pas toucher, répondis-je.