Dans les cours, les rues, les places du marché, on apprenait la marche, la manœuvre, le soir, le matin, à midi.
Lorsque nous sortîmes à cheval après le déjeuner, toute la ville retentissait des cris de commandement et du fracas des armes.
Nos amis d'hier se rendaient sur la place du marché au moment où nous y arrivâmes, et ils nous eurent à peine vus qu'ils ôtèrent leurs chapeaux et nous accueillirent par des acclamations nourries, et ils ne consentirent à se taire que quand nous les eûmes rejoints au petit trot pour prendre notre place à leur tête.
—Ils ont juré qu'aucun autre ne serait leur chef, dit le ministre, debout près de l'étrier de Saxon.
—Je ne pouvais pas souhaiter de plus solides gaillards à conduire, dit-il.
—Qu'ils se déploient en double ligne, en avant de l'hôtel de ville! Comme cela! c'est cela!
—Rangez-vous bien, la ligne d'arrière! dit-il en se plaçant à cheval vis-à-vis d'eux. Maintenant mettez-vous pour prendre position, le flanc gauche immobile, pour servir de pivot à l'autre! C'est cela: voilà une ligne aussi rigide, aussi droite qu'une épée sortant des mains d'Andrea Ferrare... Je t'en prie, l'ami, ne tiens pas ta pique comme si c'était une houe, quoique j'espère que tu feras de bonne besogne avec elle pour émonder la vigne du Seigneur... Et vous, monsieur, il faut porter votre mousqueton sur l'épaule au lieu de le tenir sous le bras comme un dandy tient sa canne. Jamais malheureux soldat se vit-il obligé de mettre en ordre une équipe aussi panachée! Mon bon ami le Flamand lui-même ne servirait pas à grand-chose, ici, non plus que Petrinus qui, dans son traité De re militari, ne donne nulles indications sur la façon de faire faire l'exercice à un homme dont l'arme est une faucille ou une faux.
—Épaulez faux! Portez faux! Présentez faux! dit tout bas Ruben à l'oreille de Sir Gervas.
Et tous deux éclatèrent de rire sans se préoccuper des froncements de sourcils de Saxon voûté.
—Partageons-les, dit-il, en trois compagnies de quatre-vingts hommes.