Nous étions non seulement en plein calme, mais emprisonnés dans une épaisse masse de brouillards qui nous cernaient de tous côtés, et nous dérobaient même la vue de l'eau qui nous portait.

On aurait pu nous prendre pour un vaisseau aérien naviguant à la surface d'un vaste nuage blanc.

De temps à autre un léger souffle agitait la voile de misaine et l'enflait un instant, mais ce n'était que pour la laisser retomber sur le mât immobile, pendante.

Parfois un rayon de soleil perçait à travers l'épaisseur du brouillard et colorait la muraille morne et grise d'une bande irisée, mais la brume l'emportait de nouveau et faisait disparaître le brillant envahisseur.

Covenant regardait à droite et à gauche, ouvrant de grands yeux interrogateurs.

Les matelots étaient groupés le long des bastingages, fumant leur pipe, et cherchant à percer du regard le dense brouillard.

—Bonjour, capitaine, fit Dicon, en portant la main à son bonnet de fourrures. Nous avons marché magnifiquement, tant qu'a duré la brise, et le lieutenant, avant de descendre, a calculé que nous ne devions pas être bien loin de Bristol.

—En ce cas, mon brave garçon, répondis-je, vous pouvez me débarquer, car je n'ai pas beaucoup de trajet à faire.

—Oui, mais il faut nous attendre que le brouillard se soit dissipé, dit le long John. Voyez-vous, il n'y a par ici qu'un endroit où nous puissions débarquer notre cargaison sans qu'on s'en mêle. Quand il fera clair, nous nous dirigerons de ce côté-là, mais jusqu'au moment où nous pourrons relever notre position nous aurons bien des soucis avec les bancs de sable du côté pour le vent.

—Ayez l'œil par là, Tom Baldock, cria Dicon à un homme porté à l'avant. Nous sommes sur le passage de tous les navires de Bristol, et bien qu'il y ait très peu de vent, un navire à haute mâture pourrait profiter d'une brise que nous manquerions.