—Je voudrais pouvoir informer Monmouth que ses lettres ont été remises, m'écriai-je, en m'asseyant sur le bord de la couchette.

—Sur ma foi, elles ont été remises. Quand vous auriez été le porteur de lettres à un penny de Mr Robert Murray, dont nous avons tant entendu parler à Londres au printemps dernier, elles ne seraient point parvenues plus directement. Pourquoi n'avez-vous parlé doucement au Duc? C'est un gentilhomme bienveillant. Il a bon cœur, excepté quand on le contrarie. Quelques mots sur le nombre des rebelles, sur leurs dispositions, auraient pu vous sauver.

—Je m'étonne que vous, un soldat, vous puissiez parler ou penser ainsi, dis-je avec froideur.

—Bon, bon, votre cou est à vous. S'il vous plaît de faire un saut dans le néant, ce serait dommage de vous contrarier. Mais Sa Grâce a voulu que vous voyez le chapelain: il faut que j'aille le chercher.

—Je vous en prie, ne l'amenez pas, dis-je, car j'appartiens à une famille de dissenters, et j'aperçois une Bible là-bas dans cette niche. Aucun homme ne saurait m'aider à me réconcilier avec Dieu.

—Cela se trouve à point, répondit-il, car le Doyen Newby est venu de Chippenham, et en ce moment-ci, il discourt avec notre bon chapelain sur la nécessité de s'imposer des privations, tout en s'humectant la gorge avec une bouteille de Tokay premier choix. Au dîner, je l'ai entendu dire les grâces pour ce qu'il allait recevoir, et presque sans reprendre haleine, demander au maître d'hôtel comment il avait l'audace de servir à un diacre de l'Église un poulet non truffé. Mais peut être désirez-vous le secours spirituel du Doyen Newby? Non? En tout cas je ferai pour vous tout ce qu'on peut faire raisonnablement, puisque vous n'êtes pas pour longtemps entre nos mains. Et surtout ayez du courage.

Il sortit de la cellule, mais il rouvrit bientôt la porte, et montra sa lugubre figure dans l'entrebâillement.

—Je suis le capitaine Sinclair, de la maison du Duc, dit-il, si vous avez besoin de me demander quelque chose. Vous feriez bien de vous assurer le secours spirituel, car je vous apprendrai que dans cette cellule-ci il y a eu quelque chose de pire que jamais ne le fut un gardien ou un prisonnier.

—Quoi donc? demandai-je.

—Eh bien, oui, le diable, rien que cela! répondit-il, en entrant et fermant la porte. Voici comment cela s'est fait. Il y a deux ans, Hector Marot, le détrousseur de grands chemins, fut enfermé dans cette même tour des Botelers. Cette nuit là, j'étais moi-même de garde dans le couloir, et à dix heures je vis le prisonnier assis sur le lit, tout comme vous l'êtes en ce moment. À minuit, j'eus l'occasion de donner un coup d'œil, selon mon habitude, dans l'espoir d'égayer ses heures de solitude. Il avait disparu! Oui, vous pouvez bien ouvrir de grands yeux. Je n'avais pas perdu de vue la porte un seul instant, et vous vous rendrez compte par vous-même de la possibilité qu'il fût parti par les fenêtres. Les murs et le plancher sont en blocs de pierre, autant dire du roc massif, pour la solidité. Lorsque j'entrai, il y avait une affreuse odeur de souffre, et la flamme de ma lanterne bleuit. Oui, il n'y a pas de quoi sourire. Si le diable n'est point parti en emportant Marot, je vous le demande, qu'est-ce qui l'a fait? Car je suis bien convaincu qu'un bon ange ne serait jamais venu le délivrer, comme cela eut lieu jadis pour l'apôtre Pierre. Peut-être le Malin tient-il à un autre oiseau de la même cage. Aussi puis-je vous avertir de vous prémunir contre ses attaques.