Nous parcourions, au pas lent de nos chevaux, les rues muettes.
Les fers de nos montures résonnaient d'un bruit clair sur le pavé de galets, et nous tenions de ces propos légers qui sont d'usage entre jeunes gens.
Au dessus de nous, la lune brillait d'un vif éclat, répandait une lueur argentée sur les larges rues, et dessinait en un réseau d'ombres les pointes et les clochetons des églises.
Arrivé dans la cour de Maître Timewell, je mis pied à terre, mais Ruben, charmé par le calme et la beauté de la scène, continua sa promenade à cheval, dans l'intention de pousser jusqu'à la porte de la ville.
J'étais encore occupé à défaire les boucles de la sangle, et à enlever mon harnais, quand tout à coup arriva d'une des rues voisines, un grand cri, un bruit de lutte, de choc d'épées en même temps que la voix de mon camarade appelant à l'aide.
Je tirai mon épée et sortis en courant.
À une faible distance de là, se trouvait un assez large espace, tout blanc de clarté lunaire, et au centre j'aperçus la silhouette trapue de mon ami.
Il faisait des bonds avec une agilité dont je ne l'avais jamais cru capable, et échangeait des coups de pointe avec trois ou quatre hommes qui le serraient de près.
Sur le sol gisait une figure sombre.
Du groupe de combattants, la jument de Ruben se dressait, se baissait comme si elle comprenait le danger que courait son maître.