Pour mon compte, je trouve que ce n'est point une mauvaise idée, car quand on en vient à jouer de la pique, chacun tient d'autant plus ferme, s'il se sait flanqué à droite et à gauche de vieux amis éprouvés.
J'arrivai dans la suite à connaître un grand nombre de localités par les propos des hommes, et j'en traversai un grand nombre d'autres, en sorte que les noms inscrits sur les bannières avaient pour moi un sens réel.
Homère a consacré, à ce que je me rappelle, un chapitre ou un livre à l'énumération de tous les chefs grecs, des localités d'où ils venaient et du nombre d'hommes qu'ils amenèrent à la revue générale.
Il est malheureux que l'Ouest n'ait pas eu son Homère pour conserver les noms de ces braves paysans et artisans, rappeler ce que chacun d'eux accomplit ou endura.
Du moins les lieux de leur naissance ne seront point perdus dans l'oubli, en tant que cela dépendra de ma faible mémoire.
Le premier régiment d'infanterie, si l'on peut appeler ainsi une troupe organisée d'une manière aussi rudimentaire, se composait des gens de mer, pêcheurs, caboteurs vêtus des justaucorps de grosse étoffe bleue et du grossier costume de leur classe.
C'étaient des loups de mer bronzés, hâlés, avec des figures dures, de couleur d'acajou, avec des armes variées, canardières, sabres d'abordages, pistolets.
Je me figure que ces armes n'étaient pas employées pour la première fois contre le Roi Jacques, car les côtes de Somerset et de Devon étaient fameuses par leur race de contrebandiers, et plus d'un lougre aux allures capricieuses était sans doute amarré dans une crique ou dans une baie, pendant que son équipage était parti à Taunton pour guerroyer.
Quant à la discipline, ils n'en avaient aucune idée.
Ils allaient de leurs pas de marins en vrais loups de mer, échangeant des cris divers entre eux et avec la foule.