—Nous avons entendu parler de l'affaire dit le Roi. Elle a été bravement menée. Mais si ces gens-là sont aussi près, nous n'avons pas beaucoup de temps pour nos préparatifs.
—Leur infanterie ne peut être ici avant une semaine, dit le Maire, et à ce moment-là nous serions de l'autre côté des murs de Bristol.
—Il y a un point sur lequel on pourrait insister, dit Wade, l'homme de loi. Ainsi que le dit avec grande vérité Votre Majesté, nous avons été cruellement désappointés par ce fait qu'aucuns gentilshommes, et fort peu de membres importants des Communes ne se sont déclarés pour nous. La raison de cela, à mon avis, est que chacun d'eux attend que son voisin se mette en mouvement. S'il nous en venait un ou deux, les autres ne tarderaient pas à les imiter. Comment donc faire pour amener un ou deux Ducs sous nos étendards?
—Voilà la question, Maître Wade, dit Monmouth en hochant la tête d'un air de découragement.
—Je crois que la chose est possible, répondit le légiste whig. De simples proclamations adressées à tout l'ensemble des citoyens n'attraperont pas ces poissons dorés. Ils ne mordront point à l'hameçon s'il n'y a point d'appât. Je recommanderais une sorte de convocation, d'invitation qui serait envoyée à chacun d'eux, et qui les sommerait de se rendre à notre camp, avant une certaine date, sous peine de haute trahison.
—Ainsi parla l'esprit des formes légales, dit le Roi Monmouth en riant. Mais vous avez omis de nous dire comment la dite citation ou sommation serait signifiée à ces mêmes délinquants.
—Le Duc de Beaufort, reprit Wade, sans s'arrêter à l'objection du Roi, est Président de Galles, et comme le sait Votre Majesté, lieutenant de quatre comtés anglais. Son influence s'étend sur tout l'Ouest. Il a deux cents chevaux dans ses écuries à Badminton, et, à ce que j'ai ouï dire, mille hommes s'assoient chaque jour à ses tables. Pourquoi ne ferait-on pas une tentative particulière pour gagner un tel personnage, d'autant mieux que nous nous proposons de marcher dans sa direction?
—Malheureusement Henri, Duc de Beaufort, est déjà en armes contre son souverain, dit Monmouth, d'un air sombre.
—Il l'est, Sire, mais on peut le décider à tourner en votre faveur l'armée qu'il a levée contre vous. Il est protestant. On le dit Whig. Pourquoi ne lui enverrions-nous pas un message? On flatterait son orgueil. On ferait appel à sa religion. On lui ferait des caresses et des menaces. Qui sait? Il peut avoir des griefs personnels que nous ignorons. Il est peut-être mûr pour une pareille démarche.
—Votre conseil est bon, Wade, dit Lord Grey, mais je trouve que Sa Majesté a fait une question bien naturelle. Je crains que votre messager n'en vienne à se balancer au bout d'une corde sur un des chênes de Badminton, si le Duc veut faire parade de son loyalisme envers Jacques Stuart. Où trouver un homme à la fois assez avisé, et assez hardi pour une pareille mission, sans risquer un de nos chefs, dont nous aurions peine à nous passer en un temps pareil?