Amèrement, moi qui ai grisonné sous le harnais, et vu autant de champ de bataille que je compte d'années dans ma vie, je devrais être le dernier à prêcher sur ce sujet, et pourtant, il m'est aisé de bien voir que s'ils sont honnêtes, les hommes doivent ou bien renoncer à la guerre ou bien avouer que les paroles du Rédempteur sont trop sublimes pour eux et qu'il est inutile de prétendre encore que son enseignement peut être mis en pratique.

J'ai vu un ministre chrétien bénir un canon qu'on venait de fondre, un autre bénir un navire de guerre au moment où il glissait sur ses étais.

Eux, les soi-disant représentants du Christ, ils bénissaient ces engins de destruction que l'homme, en sa cruauté, avait inventés pour détruire et mettre en pièces d'autres vers de terre comme lui.

Que dirions-nous si nous lisions dans la Sainte Écriture que notre Seigneur bénit les béliers et les catapultes des légions?

Trouverions-nous cela d'accord avec son enseignement?

Mais voilà. Tant que les chefs de l'Église s'écarteront de l'esprit de son enseignement jusqu'au point d'habiter des palais et de se promener en voiture, est-il étonnant que, devant de tels exemples, le clergé inférieur enfreigne parfois les règles posées par leur souverain maître?

En regardant derrière nous du haut des collines peu élevées qui s'élèvent à l'ouest de la lande, nous pûmes voir la nuée de cavaliers franchir le pont sur la Parret et pénétrer dans la ville de Bridgewater, poussant devant eux la troupe impuissante des fugitifs.

Nous avions arrêté nos chevaux et nous regardions dans un silence attristé la fatale plaine, quand un bruit de pas de chevaux arriva à nos oreilles.

Faisant demi-tour, nous aperçûmes deux cavaliers portant l'uniforme des gardes qui se dirigeaient vers nous.

Ils avaient fait un détour pour nous couper la route, car ils allaient droit à nous l'épée haute et faisant des gestes animés.