Je ne me souvenais que vaguement des coups que j'avais donnés dans la bataille, mais ils avaient dû être nombreux et terribles, car le tranchant de mon sabre était aussi dentelé, aussi émoussé, que si j'avais passé une heure à frapper sur une barre de fer.
De la tête aux pieds, j'étais éclaboussé de boue et couvert de sang, en partie le mien, mais surtout celui des autres.
Mon casque était tout bosselé par les chocs.
Une balle de pétrinal avait ricoché sur ma cuirasse, en la frappant obliquement et y laissant une rainure profonde.
Deux ou trois autres fêlures ou étoiles prouvaient que l'excellente qualité de la plaque d'acier m'avait sauvé la vie.
Mon bras gauche était raide, presque inerte par suite du coup de poignard donné par le caporal, mais après avoir enlevé mon doublet et examiné l'endroit, je trouvai que si la blessure avait beaucoup saigné, du moins elle n'intéressait que le côté extérieur de l'os et dès lors ne signifiait pas grand'chose.
Un mouchoir trempé dans l'eau et noué serré tout autour adoucit la douleur et arrêta le sang.
En dehors de cette égratignure, je n'avais pas été atteint, mais mes efforts avaient produit une raideur douloureuse et générale, comme si on m'avait infligé une bastonnade.
La petite blessure, reçue dans la cathédrale de Wells, s'était rouverte et saignait. Mais avec un peu de patience et de l'eau froide, je vins à bout de la nettoyer et de la bander aussi bien que l'eût fait n'importe quel chirurgien du royaume.
Après avoir passé en revue mes plaies, il me fallait maintenant m'occuper de ma tenue, car, à dire vrai, j'avais l'air d'un de ces géants couverts de sang qu'étaient accoutumés à combattre Don Bellianis de Grèce et autres vaillants paladins.