Pas de femme, pas d'enfant qui n'eussent pris la fuite à ma vue, car j'étais aussi rouge que le boucher de la paroisse à l'approche de la Saint-Martin.
Toutefois un bon lavage dans le ruisseau eut bientôt fait disparaître ces traces de la guerre, et j'arrivai à effacer les marques de ma cuirasse et de mes bottes.
Mais en ce qui concernait mes habits, c'était peine perdue que de vouloir les rendre plus propres et j'y renonçai de désespoir.
Mon bon vieux cheval n'avait pas même été effleuré par les armes et les balles, en sorte que quand il fut bien arrosé, bien frictionné, il était en aussi bon état que jamais; et quand nous tournâmes le dos au petit ruisseau, nous formions un couple plus présentable qu'à notre arrivée sur ses bords...
Il était près de midi, et je commençais à avoir grand'faim, car je n'avais rien mangé depuis la veille au soir.
Il y avait bien sur la lande un groupe de deux ou trois maisons, mais les murs noircis et le chaume roussi indiquaient qu'il ne fallait pas espérer d'y trouver quoi que ce fut.
Une ou deux fois, j'aperçus des gens dans les champs ou sur la route; mais à la vue d'un cavalier armé, ils couraient comme si leur vie était menacée et plongeaient dans les fourrés comme des animaux sauvages.
À un certain endroit, où un grand chêne marquait la rencontre de trois routes, deux cadavres se balançant à une branche prouvaient que les craintes des villageois étaient fondées sur l'expérience.
Selon toute vraisemblance, ces pauvres gens avaient été pendus parce que la valeur de leurs économies s'était trouvée au-dessous de ce qu'attendaient leurs pillards, ou bien parce qu'ayant tout donné à une bande de pillards, ils n'avaient plus de quoi contenter la bande suivante.
Enfin, comme j'en avais vraiment assez de chercher vainement de la nourriture, je découvris un moulin à vent qui se dressait sur un tertre vert, au bout de quelques champs.