J'enjambai le bordage et mis le pied sur l'échelle de corde qui descendait jusqu'à elle.

—Adieu, Décimus, dis-je.

—Adieu, mon garçon. Vous avez votre argent en lieu sûr?

—Je l'ai.

—Alors, j'ai un autre présent à vous faire. Il m'a été remis par un sergent de la cavalerie royale. C'est sur lui que vous devrez compter désormais, Micah, pour vous nourrir, vous loger, vous habiller. C'est à lui qu'un homme brave doit toujours recourir pour vivre. C'est le couteau qui vous servira à ouvrir cette huître qu'est le monde. Regardez, mon garçon. C'est votre sabre.

—Mon vieux sabre! L'épée de mon père! m'écriai-je, au comble du ravissement, lorsque Saxon tira de dessous son manteau et me tendit le fourreau en cuir déteint, de vieux modèle, avec la lourde poignée de laitons que je connaissais si bien.

—Vous voici maintenant, dit-il, membre de l'antique et honorable corporation des soldats de fortune. Tant que le Turc rôdera en grognant devant les portes de Vienne, il y aura toujours de la besogne pour les bras vigoureux et les cœurs braves. Vous verrez que parmi ces guerriers errants, venus de tous les climats, de toutes les nations, le nom d'Anglais est estimé très haut. Je sais fort bien qu'il ne déchoira pas lorsque vous ferez partie de la confrérie. Je voudrais pouvoir partir avec vous, mais on me promet une solde et une situation auxquelles il serait fâcheux de renoncer. Adieu, mon garçon, et que la bonne fortune vous accompagne!

Je serrai la main calleuse du vieux soldat, et descendis dans la barque de pêche.

Le câble qui nous retenait fut retiré, la voile hissée, et la barque fila à travers la baie.

Elle allait de l'avant par une obscurité de plus en plus épaisse, obscurité aussi noire, aussi impénétrable que l'avenir vers lequel marchait la barque de ma vie.