Mon père et ma mère vécurent assez pour voir la Religion protestante reprendre son ancienne place et l'Angleterre se faire le champion de la foi réformée sur le Continent.
Trois ans plus tard, je les retrouvai à Havant, presque tels que je les avais quittés, à cela près qu'il y avait quelques fils d'argent de plus dans les tresses brunes de ma mère, que les larges épaules de mon père étaient un peu courbées, et son front sillonné par les rides du souci.
Ils firent, la main dans la main, le voyage de la vie, lui le Puritain, et elle disciple de l'Église, et je n'ai jamais désespéré de voir se guérir l'hostilité religieuse en Angleterre, après avoir reconnu combien il est aisé à deux personnes de garder la foi la plus énergique en leur propre croyance, tout en éprouvant l'affection et le respect le plus sincère pour celle qui professe un autre culte.
Il viendra peut-être un jour où Église et Chapelle seront entre elles comme un frère cadet et un frère aîné, travaillant ensemble au même but et chacun se réjouissant du succès de l'autre.
Que le désaccord entre elles se traduise autrement que par la pique et le pistolet, par le tribunal et la prison, que ce soit la rivalité en vue d'une vie plus haute, à qui adoptera la manière de voir la plus large, à qui pourra s'enorgueillir de montrer les classes pauvres les plus heureuses et les mieux soignées.
Dès lors cette rivalité sera non plus une malédiction, mais un bienfait pour ce pays d'Angleterre.
Ruben Lockarby fut malade pendant bien des mois, mais lorsque enfin il fut rétabli, il se trouva amnistié grâce aux soins que se donna le Major Ogilvy.
Au bout d'un certain temps, quand l'agitation eût entièrement pris fin, il épousa la fille du Maire Timewell et il vit encore à Taunton en citoyen opulent, prospère.
Il y a trente ans que vint au monde un petit Micah Lockarby, et maintenant on m'apprend qu'il y en a un autre, fils du premier, et qui promet d'être un Tête-Ronde aussi déluré que pas un de ceux qui marchèrent au roulement du tambour.
Quant à Saxon, j'ai reçu plus d'une fois de ses nouvelles.