C’était évidemment un des membres influents de la population.
Nous avons déjà vu cette chevelure noire et bouclée, cet œil sans éclat, cette lèvre cruelle, chez Tom Ferguson le Noir, prétendant évincé de miss Sinclair.
Il était aisé de le distinguer du reste de l’assemblée, grâce à son complet à carreaux et à d’autres indices d’un caractère efféminé, que fournissait son costume et qui auraient pu lui procurer une fâcheuse réputation; mais, comme l’associé d’Abe, il s’était fait de bonne heure connaître pour un homme capable de tout sans en avoir l’air.
Dans la circonstance actuelle, il paraissait être jusqu’à un certain point sous l’influence de la boisson, fait fort rare chez lui, et qu’il fallait probablement mettre sur le compte de son échec récent.
Il mettait un véritable emportement à combattre Jim Struggles et son récit.
—C’est toujours la même chose, disait-il, qu’un homme rencontre dans la forêt quelques voyageurs, il n’en faut pas davantage pour qu’il perde la tête et vienne raconter des histoires de coureurs de la brousse. S’ils avaient aperçu Jim Struggles en cet endroit, ils seraient partis avec des histoires à n’en plus finir, d’un coureur de Brousse vu par eux derrière un arbre. Quant à reconnaître des hommes qui vont à cheval, et vite, parmi des troncs d’arbres, c’est une impossibilité.
Mais Struggles s’obstinait à soutenir sa première assertion, et les sarcasmes, les arguments se brisaient sur l’épaisseur invulnérable de sa placidité.
On remarqua que Ferguson avait l’air singulièrement ennuyé de toute cette affaire.
On eût dit aussi que quelque chose pesait sur son esprit, car de temps à autre il se levait brusquement, arpentait la pièce en long et en large, sa figure brune animée d’une expression très menaçante.
Tous éprouvèrent un vrai soulagement, quand il prit brusquement son chapeau, et disant sèchement bonsoir à la compagnie, il sortit, traversa le bar et s’en alla par la rue.