À l’endroit même où la route faisait une courbe, et à moins de deux cents yards de distance, il voyait une masse noire se mouvant sur la courbe et perdue dans l’ombre de la colline.

Cela ne dura qu’un moment, mais ce moment suffit à son coup d’œil exercé de forestier, à sa rapidité de perception, pour se rendre compte de la situation dans tous ses détails.

C’était une troupe de cavaliers qui se dirigeaient vers la villa, et quels pouvaient être ces cavaliers nocturnes, sinon les gens qui terrifiaient le pays forestier, les redoutés coureurs de la Brousse.

Abe était, il faut le dire, d’une intelligence lente et se mouvait lourdement dans les circonstances ordinaires.

Mais à l’heure du danger, il était aussi remarquable par son sang-froid et sa résolution que par sa promptitude à agir d’une manière décisive.

Tout en s’avançant à travers le jardin, il calcula les chances qu’il avait contre lui.

Selon l’évaluation la plus modérée, il avait une demi-douzaine d’adversaires, tous gens déterminés à tout et ne redoutant rien.

Il s’agissait de savoir s’il pourrait les tenir pendant un instant en échec et les empêcher de pénétrer par force dans la maison.

Nous avons déjà dit que des sentinelles avaient été postées dans la rue principale de la ville. Abe se dit qu’il arriverait de l’aide moins de dix minutes après le premier coup de feu.

S’il s’était trouvé dans l’intérieur de la maison, il aurait été sûr de tenir bon plus longtemps que cela. Mais les coureurs de la Brousse arriveraient sur lui avant qu’il eût pu réveiller les habitants endormis et se faire ouvrir.