Sinclair était un homme assez avancé en âge et ne pouvait lui être bien utile dans un combat désespéré comme celui auquel il s’attendait, et l’apparition de lumières dans la maison avertirait les brigands de la résistance qu’on se préparait à leur faire.

Ah! que n’avait-il auprès de lui son associé, le patron, Chicago Bill, n’importe lequel des vaillants hommes qui auraient accouru à son appel et se seraient rangés à ses côtés en une pareille lutte!

Il fit demi-tour dans l’étroite allée.

Voici la porte de bois qu’il connaissait très bien, et là-haut, perché sur la traverse, un homme, dans une attitude languissante, balançait ses jambes, et épiait sur la route qui s’étendait devant lui; c’était master John Morgan, celui-là même qu’Abe appelait du plus profond de son cœur.

Le temps manquait pour de longues explications.

En quelques mots hâtifs, le patron dit qu’en revenant de sa petite excursion, il avait croisé les coureurs de la Brousse partis à cheval pour leur expédition ténébreuse.

Il avait surpris des propos qui lui avaient fait connaître le but.

En courant à toutes jambes, et grâce à sa connaissance du pays, il était parvenu à les devancer.

—Pas le temps de donner l’alarme, expliqua-t-il, tout haletant de son récent effort, il faut les arrêter nous-mêmes. Pas venu pour faire le galant... venu pour votre jeune fille... N’arriveront que par-dessus nos corps, «Les Os».

Et après ces quelques mots jetés d’une voix entrecoupée, ces deux amis si étrangement assortis se donnèrent une poignée de main, échangèrent un regard de profonde affection pendant que la brise parfumée des bois leur apportait le bruit des pas des chevaux.