Nous avions allumé un grand feu de bois qui pétillait et lançait des étincelles sur le foyer.
J’étais assis à côté, m’occupant à réparer un fouet, pendant que Tom, étendu dans la caisse qui lui servait de lit, geignait piteusement sur la malchance qui l’avait amené dans un tel endroit.
—Du courage, Tom, du courage, dis-je. Aucun homme ne sait jamais ce qui l’attend.
—La déveine, Jack, la déveine. J’ai toujours été le chien le plus déveinard qu’il y ait. Voici trois ans que je suis dans cet abominable pays. Je vois des jeunes gens qui arrivent à peine d’Angleterre, et qui font sonner leurs poches pleines d’argent et moi je suis aussi pauvre que le jour où j’ai débarqué. Ah! Jack, vieux copain, si vous tenez à rester la tête au-dessus de l’eau, il faut que vous cherchiez fortune ailleurs qu’en ma compagnie.
—Des bêtises, Jack! vous êtes en déveine aujourd’hui... Mais écoutez, quelqu’un marche au dehors! À son pas, je reconnais Dick Wharton. Si quelqu’un est capable de vous remettre en train, c’est lui.
Je parlais encore, que la porte s’ouvrit pour laisser entrer l’honnête Dick Wharton, tout ruisselant d’eau, sa bonne face rouge apparaissant à travers une buée comme la lune dans l’équinoxe d’automne.
Il se secoua, et, après nous avoir dit bonjour, il s’assit près du feu.
—Dehors, Dick, par une nuit pareille? dis-je. Vous trouverez dans le rhumatisme un ennemi pire que les Cafres, si vous ne prenez pas des habitudes régulières.
Dick avait l’air plus sérieux que d’ordinaire.
On eut même pu dire qu’il paraissait effrayé, si l’on n’avait pas connu son homme.