Comme il parlait, le son d’un piano se fit entendre dans la pièce voisine, et nous nous tûmes pour écouter.
Tout d’abord la musicienne piqua quelques touches isolées, comme si elle se demandait s’il fallait continuer.
Puis, ce furent des bruits sonores, discordants, et soudain de ce chaos sortit enfin une harmonie puissante, étrange, barbare, avec des sonorités de trompette, des éclats de cymbales. Et le jeu devenant de plus en plus énergique, devint une mélodie fougueuse, qui finit par s’atténuer et s’éteindre en un bruit désordonné comme au début.
Puis, nous entendîmes le piano se refermer, et la musique cessa.
—Elle fait ainsi tous les soirs, remarqua mon ami. C’est quelque souvenir de l’Inde, à ce que je suppose. Pittoresque, ne trouvez-vous pas? Maintenant ne vous attardez pas ici plus longtemps que vous ne voudriez. Votre chambre est prête, dès que vous voudrez vous mettre au travail.
Je pris mon compagnon au mot, et le laissai avec son oncle et Copperthorne qui étaient revenus dans la pièce.
Je montai chez moi et étudiai pendant deux heures la législation médicale.
Je me figurais que ce jour-là je ne verrais plus aucun des habitants de Dunkelthwaite, mais je me trompais, car vers dix heures l’oncle Jérémie montra sa petite tête rougeaude dans la chambre:
—Êtes-vous bien logé à votre aise? demanda-t-il.
—Tout est pour le mieux, je vous remercie, répondis-je.