Bientôt après j’entendis le pas traînant de l’oncle Jérémie et le pas ferme et lourd du secrétaire, quand ils remontèrent l’escalier qui menait à leurs chambres à coucher, situées à l’étage supérieur.
Chapitre IV
John Thurston ne fut jamais grand observateur et je crois que j’en savais plus long que lui sur ce qui se passait à Dunkelthwaite, au bout de trois jours passés sous le toit de son oncle.
Mon ami était passionnément épris de chimie et coulait des jours heureux au milieu de ses éprouvettes, de ses solutions, parfaitement content d’avoir à portée un compagnon sympathique, auquel il pût faire part de ses trouvailles.
Quant à moi, j’eus toujours un faible pour l’étude et l’analyse de la nature humaine, et je trouvais bien des sujets intéressants dans le microcosme où je vivais.
Bref, je m’absorbai dans mes observations au point de me faire craindre qu’elles n’aient causé beaucoup de tort à mes études.
Ma première découverte fut que le véritable maître à Dunkelthwaite était, et cela ne faisait aucun doute, non point l’oncle Jérémie, mais le secrétaire de l’oncle Jérémie.
Mon flair médical me disait que l’amour exclusif de la poésie, qui eût été une excentricité inoffensive au temps où le vieillard était encore jeune, était devenu désormais une véritable monomanie qui lui emplissait l’esprit en ne laissant nulle place à toute autre idée.
Copperthorne, en flattant le goût de son maître et le dirigeant sur cet objet unique, à ce point qu’il lui devenait indispensable, avait réussi à s’assurer un pouvoir sans limite en toutes les autres choses.
C’était lui qui s’occupait des finances de l’oncle, qui menait les affaires de la maison sans avoir à subir de questions ni de contrôle.