À vrai dire, il avait assez de tact pour exercer son pouvoir d’une main légère, de façon à ne point meurtrir son esclave: aussi ne rencontrait-il aucune résistance.
Mon ami, tout entier à ses distillations, à ses analyses, ne se rendit jamais compte qu’il était devenu un zéro dans la maison.
J’ai déjà exprimé ma conviction que si Copperthorne éprouvait un tendre sentiment à l’égard de la gouvernante, elle ne lui donnait pas le moindre encouragement. Mais au bout de quelques jours j’en vins à penser qu’en dehors de cet attachement non payé de retour, il existait quelque autre lien entre ces deux personnages.
J’ai vu plus d’une fois Copperthorne prendre à l’égard de la gouvernante un air qui ne pouvait être qualifié autrement que d’autoritaire.
Deux ou trois fois aussi, je les avais vus arpenter la pelouse dans les premières heures de la nuit, en causant avec animation.
Je n’arrivais pas à deviner quelle sorte d’entente réciproque existait entre eux.
Ce mystère piqua ma curiosité.
La facilité, avec laquelle on devient amoureux en villégiature à la campagne, est passée en proverbe, mais je n’ai jamais été d’une nature sentimentale et mon jugement ne fut faussé par aucune préférence en faveur de miss Warrender. Au contraire, je me mis à l’étudier comme un entomologiste l’eût fait pour un spécimen, d’une façon minutieuse, très impartiale.
Pour atteindre ce but, j’organisai mon travail de manière à être libre quand elle sortait les enfants pour leur faire prendre de l’exercice.
Nous nous promenâmes ainsi ensemble maintes fois, et cela m’avança dans la connaissance de son caractère plus que je n’eusse pu le faire en m’y prenant autrement.