—Regardez-le, s’écria-t-elle aussitôt. Voici un de nos exilés. C’est un Bhuttotee. Il est très ressemblant.

La gravure qui l’excitait ainsi, représentait un indigène d’aspect fort peu engageant, tenant d’une main un petit instrument qui avait l’air d’une pioche en miniature, et de l’autre une pièce carrée de toile rayée.

—Ce mouchoir, c’est son roomal, dit-elle. Naturellement, il ne circulerait pas ainsi en public comme cela. Il ne porterait pas non plus sa hache sacrée, mais sous tous les autres rapports il est exactement tel qu’il doit être. Bien des fois je me suis trouvée avec des gens comme lui pendant les nuits sans lune, avec les Lughaees marchant à l’avant, quand l’étranger sans méfiance entendait le Pilhaoo à sa gauche, et ne savait pas ce que cela signifiait. Ah, c’était une vie qui valait la peine d’être vécue.

—Mais qu’est-ce qu’un roomal, et le Lughaee, et le reste, demandai-je.

—Oh! ce sont des mots indiens, répondit-elle en riant. Vous ne les comprendriez pas.

—Mais cette gravure a pour légende: «Un Dacoït» et j’ai toujours cru qu’un Dacoït est un voleur.

—C’est que les Anglais n’en savent pas davantage, remarqua-t-elle. Certes, les Dacoïts sont des voleurs, mais on qualifie de voleurs bien des gens qui ne le sont réellement pas; eh bien, cet homme est un saint homme, et selon toute probabilité c’est un gourou.

Elle m’aurait peut-être donné plus de renseignements sur les mœurs et les coutumes de l’Inde, car c’était un sujet dont elle aimait à parler, quand soudain je vis un changement se produire dans sa physionomie.

Elle tourna son regard fixe sur la fenêtre qui était derrière moi.

Je me retournai pour voir, et j’aperçus tout au bord la figure du secrétaire qui épiait furtivement.