Bien que le premier venu eût le droit de s’aventurer dans le Bar et de se prélasser sous le papillotement de ses bouteilles aux couleurs variées, il était admis tacitement, mais généralement, que le cabinet particulier ou boudoir était réservé à l’usage des citoyens les plus en vue.

C’était dans cette pièce que se réunissaient les comités, qu’étaient conçues et mises au monde d’opulentes compagnies, que se faisaient ordinairement les enquêtes.

Cette dernière cérémonie, j’ai le regret de le dire, était assez fréquente à l’Écluse, vers 1861, et les conclusions du coroner se faisaient parfois remarquer par une saveur et une originalité fort piquantes.

Pour n’en citer qu’un exemple, quand Burke le Pourfendeur, un bandit de notoriété, fut abattu d’un coup de feu par un jeune médecin aux façons tranquilles, un jury sympathique déclara: «que le défunt avait rencontré la mort dans une tentative imprudente qu’il avait faite pour arrêter dans son trajet une balle de pistolet».

Dans le camp, on regarda ce verdict comme un chef-d’œuvre de jurisprudence, en ce qu’il déchargeait le coupable, tout en respectant rigoureusement, incontestablement, la vérité.

Ce soir-là, il y avait dans le petit salon une réunion de notabilités, quoiqu’elles n’y eussent point été amenées par une cérémonie pathologique de ce genre.

Il était survenu en ces derniers temps maints changements qui méritaient discussion et c’était dans cette pièce, somptueusement meublée d’un divan et d’un miroir, que l’Écluse de Harvey avait coutume d’échanger ses idées.

Les habitudes de propreté, qui commençaient à s’établir dans la population, causaient encore quelque agitation dans les esprits de plusieurs.

Puis, il y avait des commentaires à faire sur miss Sinclair, ses allées et venues, sur le filon riche du Conemara, sur les bruits récents relatifs aux coureurs de la brousse.

Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que les notables de la ville se fussent réunis au Bar Colonial.