La température glaciale de Pignerol pendant l'hiver autant que la chaleur concentrée au milieu des rochers pendant l'été ne tardèrent pas à altérer la santé de Foucquet, et les deux valets qu'on avait placés auprès de lui en souffraient également. En 1670, Laforêt, son ancien serviteur, chercha à s'introduire dans le château dans le but de le délivrer, mais sa tentative fut découverte et Foucquet put voir son corps balancé à la potence. Du reste sa résignation était des plus grandes et Saint-Mars pouvait écrire de lui à Louvois «M. Foucquet est un agneau.»

Il n'en disait pas autant d'un autre prisonnier qui lui avait été envoyé en 1671, Lauzun, dont la principale occupation fut de faire endiabler son gardien. Les ordres les plus sévères avaient été donnés pour empêcher les deux prisonniers de communiquer, et cependant, un jour, Lauzun, dans son esprit inventif, trouva le moyen de pénétrer dans la chambre de Foucquet et chaque jour il y revenait, lui racontant ce qui s'était passé depuis quinze ans qu'il était séparé du monde.

En 1679, Lauzun et Foucquet furent autorisés à communiquer ensemble, mais ce ne fut qu'après la mort de ce dernier que Saint-Mars trouva la cachette qui leur servait de passage pour aller de l'un chez l'autre.

Pendant les quatre dernières années de sa vie, l'existence de l'ex-surintendant devint plus tolérable, bien qu'il fut toujours maintenu dans le secret le plus absolu; il fut autorisé à recevoir des nouvelles de sa femme et de sa mère, et il reçut papier et encre avec la permission d'écrire à Louvois. Il en profita aussitôt pour rédiger des projets financiers et même des pièces de vers.

Enfin, le 23 mars 1680, une apoplexie emporta subitement Nicolas Foucquet, au moment où on faisait espérer à sa famille quelque adoucissement à sa position.

Dans sa prison, Foucquet avait employé son temps à méditer longuement sur les Saintes Écritures, à distiller, à composer des remèdes, à se soigner, à droguer ses valets et à leur apprendre à lire.

Plusieurs de ceux-ci sont connus, mais il en est un, prisonnier envoyé de Dunkerque en 1669, installé d'abord dans un cachot, au-dessus de la cave, au sujet duquel de grandes précautions devaient être prises, et que l'on devait surtout ne pas laisser s'entretenir avec Lauzun. Ce personnage, connu sous le nom d'Estache Dauger, paraît avoir été «un de ces hommes qu'on charge de missions louches, enlèvement de pièces ou de personnes et peut-être pis encore, et dont, le coup une fois accompli, on assure le silence par la mort ou par la prison.» M. Lair s'attache à démontrer que c'est lui qui fut le prisonnier confié à la garde de Saint-Mars à Exilles, aux Îles Sainte-Marguerite et à la Bastille et qui a donné lieu à la légende du Masque de fer, légende qui, dit-il, manque de vérité, en tout cas, car il n'y eut pas un personnage unique portant un masque de fer ou mieux de velours, mais chaque fois qu'un prisonnier notable, ou qu'on ne voulait pas laisser connaître, voyageait, on prenait la précaution de lui couvrir la figure d'un masque.

Dans un dernier chapitre, M. Lair examine la destinée des descendants de Foucquet jusqu'à l'époque voisine de nous où les derniers d'entre eux ont disparu.

Il nous montre d'abord la famille ruinée, amoindrie, réunie en 1680 autour de la vieille grand'mère Marie de Maupeou, qui désire leur partager le peu de biens qui lui restaient avant de se retirer au Val-de-Grâce où elle mourut. Il nous retrace les alliances fort honorables à coup sûr, mais peu fortunées de deux des enfants du surintendant avec les d'Uzès et les Lévis et le mariage d'un troisième avec la fille de la célèbre Madame Guyon.

Puis nous voyons la famille Foucquet remonter à l'apogée de sa grandeur avec Charles Foucquet, comte et plus tard duc de Belle-Isle, pair et maréchal de France, petit-fils du surintendant, et avec son fils le comte de Gisors, dont M. Camille Rousset a retracé la mort héroïque dans des pages que tout le monde a lues.