Cette étude de Napoléon, dans son rôle d’époux, commencée sous les auspices des merveilleux triomphes de la première campagne d’Italie, s’arrête dans les affres de l’effondrement de Waterloo. Désormais, c’est sur le rocher de Sainte-Hélène qu’en lui-même l’Empereur pleurera l’absence de son fils et le vil abandon de celle qu’il a tant aimée.
Sous tous les aspects où nous venons de le considérer, au sommet de la gloire, comme dans les abîmes de la défaite, Napoléon a conservé le haut sentiment conjugal qu’il portait en lui dès sa jeunesse.
Il eut deux épouses ; il les entoura toutes deux d’une égale affection. Il s’appliquait avec des soins aimables et minutieux à les rendre heureuses, et cependant toutes deux lui furent infidèles, avec cette différence que Joséphine ne tarda guère à le tromper, tandis que Marie-Louise ne le trahit qu’après plusieurs années de mariage.
Dans ces deux infortunes conjugales, suivant la règle commune, un voile épais recouvre ses yeux ; devant les soupçons les plus justifiés, il veut douter jusqu’à ce que la preuve soit complète ; pour Joséphine, il attribue longtemps à la légèreté les apparences de l’infidélité ; pour Marie-Louise, il se plaît à la croire prisonnière et victime plutôt qu’inconstante.
Nous l’avons vu, dans l’une et l’autre de ces unions s’appliquer à fonder un foyer exemplaire, paisible, régi par les habitudes les plus simples.
Celui qui avec une fierté redoutable relevait les moindres attaques des souverains les plus puissants, nous l’avons vu transiger, presque au prix de sa dignité, pour éviter les plus petits conflits dans son intérieur.
Celui qui commandait à quarante millions d’hommes n’opposait que de la faiblesse aux caprices de sa femme et des enfants qui l’entouraient.
En résumé, ni les splendeurs d’une carrière prodigieuse, ni le suprême orgueil de la majesté impériale, n’ont influé sur son caractère d’époux et de père. Napoléon n’a jamais dérogé aux principes réguliers que lui avait inculqués son éducation première.