Quel contraste navrant ! Avoir connu les ivresses de la gloire et de la toute-puissance, avoir été pendant dix ans accablé par les démonstrations obséquieuses des rois et l’adulation des peuples, et venir mendier une preuve de sympathie d’un petit prince dans le simple but de ramener sa femme auprès de soi !
En décembre, l’Empereur, ne pouvant encore croire à son abandon, écrivait au comte Bertrand : « Voyez ce que coûterait la maison Lafargue, et ce qu’il faudrait y dépenser pour la mettre en état. Si l’Impératrice et le roi de Rome venaient ici, cette maison sera la seule convenable pour loger la princesse. »
Dans ce morne séjour de l’île d’Elbe, aux déchirements incessants de son âme vient s’ajouter l’anxiété de ne recevoir aucune marque d’affection de Marie-Louise, aucune nouvelle de son fils adoré.
Le seul témoignage de constance qui vint soulager son âme désolée lui fut donné par Mme Walewska. Cette noble femme désintéressée sentit, à distance, les battements douloureux du cœur de son ancien amant et lui apporta, le 1er septembre, les douces consolations de son amour. Elle resta trois jours à Marciana, puis Napoléon retomba dans sa triste solitude.
Quand Napoléon quitta l’île d’Elbe, il est permis de supposer qu’à son envie de ressaisir un trône, était intimement lié l’ardent espoir de recouvrer l’affection de sa femme et les caresses de son enfant. Dès son arrivée à Paris, il écrivait à l’empereur d’Autriche : « … Je connais trop les principes de Votre Majesté, je sais trop quelle valeur elle attache à ses affections de famille pour n’avoir pas l’heureuse confiance qu’elle sera empressée, quelles que puissent être d’ailleurs les dispositions de son cabinet et de sa politique, de concourir à accélérer l’instant de la réunion d’une femme avec son mari et d’un fils avec son père… »
L’empereur d’Autriche n’avait nullement à peser sur sa fille, pour la pousser à mépriser ses devoirs d’épouse et de mère. Elle vivait tranquillement dans un concubinage méprisable.
On a cherché à mettre sur le compte de la faiblesse de son caractère l’indigne conduite de Marie-Louise. La faiblesse peut encore inspirer de la pitié ; nulle indulgence ne saurait être acquise au cynisme des sentiments.
Y aura-t-il chez elle un cri du cœur, alors que son mari est définitivement vaincu dans cette lutte gigantesque dont l’Empire, sa femme et son fils étaient le prix ? Aura-t-elle une lueur de commisération pour le père de son enfant ?
Dans une lettre intime, où la politique n’a rien à voir, voici en quels termes elle parle des progrès de la marche des alliés contre la France : « … Le général Neipperg, dit-elle, ne m’a pas donné signe de vie depuis dix-huit jours, de sorte que je ne connais que les détails du bulletin, mais je me réjouis avec tout le monde des bonnes nouvelles qu’il contient… »
Ainsi, devant ces événements où se joue le salut du pays dont elle fut la souveraine, où vont se décider le sort de son mari et les destinées de son fils, Marie-Louise se classe, impudemment, au rang de « tout le monde » ! La postérité, vengeresse des simples lois de l’honneur et de la fidélité, rangera aussi, nous l’espérons, cette triste princesse parmi les malheureuses qui aux hontes de l’adultère s’efforcent d’ajouter la bassesse du cœur, la lâcheté du caractère.