Plus tard, vous trouverez un prêt à la maison Richard Lenoir et un autre à la maison Gros-Davilliers, laquelle se trouve par ce fait avoir reçu une somme de deux millions.
Meneval rapporte « qu’un sénateur, M. Laville-Leroux, avait obtenu de l’Empereur un prêt de deux cent mille francs, dont il remboursa la moitié quelque temps après. Le reste fut perdu car ce sénateur étant venu à mourir, les biens de sa succession furent insuffisants pour acquitter ces cent mille francs ».
Le même auteur raconte aussi que « Pougens, imprimeur-libraire, ruiné en 1803, recourut dans sa détresse au Premier Consul, qui était alors au camp de Boulogne. Il lui prêta les quarante mille francs dont il avait besoin, remboursables en quatre ans. Dix ans après, la moitié de cette somme était encore due. Napoléon, touché de l’énergie des efforts de son débiteur et de son honnêteté, lui fit la remise des vingt mille francs qu’il redevait. »
« Je ne parle pas, ajoute Meneval, des prêts considérables qu’il fit souvent aux maisons de commerce et aux manufactures, des encouragements pécuniaires qu’il fit aux fabriques encombrées de produits et aux ouvriers travaillant isolément, dans le seul but de leur procurer du travail. Ces secours absorbèrent plusieurs millions… »
Nous pouvons, à titre de complément, mentionner, à cette place, que le Premier Consul paya, en 1802, les dettes du danseur Vestris.
Les souffrances des ouvriers et des misérables, qu’elles proviennent des intempéries ou du chômage, ont la même part à la sollicitude de Napoléon, qu’il soit à Paris ou au fond de l’Europe. Voici, pris à tous les échelons de la carrière de l’Empereur, des exemples de sa vigilance à l’égard des humbles.
En 1802 : « … Si le froid revenait, comme en 89, faire allumer du feu dans les églises et autres grands établissements pour chauffer beaucoup de monde… » En 1803 : « L’hiver sera rigoureux, citoyen ministre, la viande très chère. Il faut faire travailler à Paris : Faire continuer les travaux du canal de l’Ourcq ; Faire des travaux aux quais Desaix, d’Orsay ; Faire paver les nouvelles rues, etc., etc. » En 1807 : « Les choses devraient être établies de façon qu’on pût dire : Tout mendiant sera arrêté. Mais l’arrêter pour le mettre en prison serait barbare ou absurde. Il ne faut l’arrêter que pour lui apprendre à gagner sa vie par un travail. Il faut donc une ou plusieurs maisons ou ateliers de charité par département… En 1810 : « On m’assure que les ouvriers de Rotterdam et d’Amsterdam n’ont point de travail. Faites-moi connaître quelle espèce d’ouvriers c’est, et quels travaux on pourrait leur donner. » En 1811 : « Il y a beaucoup de chapeliers, de bonnetiers, de cordonniers, de tailleurs, de selliers qui sont sans ouvrage. Je désirerais que vous prissiez des mesures pour faire faire 500 paires de chaussures par jour…, etc., etc. » Quelques jours plus tard, c’est au ministre de la guerre qu’il dit : « Beaucoup d’ouvriers n’ont pas d’ouvrage à Paris. Comme je désire leur en donner, je vous prie : 1o de faire une commande extraordinaire de harnais d’artillerie…, etc. » En même temps, il écrit au grand maréchal du palais : « Le faubourg Saint-Antoine manque d’ouvrage ; je désire lui en donner, surtout ce mois-ci qui précède les fêtes… Que l’on fasse une commande telle que, pendant les mois de mai et de juin, 2 000 ouvriers du faubourg Saint-Antoine qui font des chaises, des meubles, des commodes, des fauteuils, et qui sont sans ouvrage, en aient sur-le-champ… Que vos idées soient arrêtées demain et qu’on commence sans délai. »
Soupçonnera-t-on une arrière-pensée politique dans ces secours donnés à des corporations éprouvées par la misère ? Nous répondrons en montrant les mêmes mesures prescrites à l’égard des personnes isolées qui ont recours à la bienfaisance ou à la justice de Napoléon.
C’est un M. Garnier que le Premier Consul recommande au ministre de l’intérieur pour un emploi, parce que depuis longtemps il a pris soin de la fille du général Dugommier sous lequel Napoléon a jadis servi à Toulon.
C’est le fils de Camille Desmoulins, recueilli au Prytanée à titre de « victime du tribunal révolutionnaire de Paris », dit l’arrêt du Premier Consul.