L’attentat de la rue Saint-Nicaise, en mettant Napoléon à deux doigts de la mort, répandit partout un effroi indescriptible. On acquit ensuite la preuve que cette conspiration avait des racines dans les rangs des réfugiés royalistes à l’étranger.

Après la découverte du complot de Pichegru, Moreau et Georges, le Premier Consul apprit, par des rapports de police, que le duc d’Enghien était un des principaux conspirateurs. Dans le but d’en imposer aux instigateurs des attentats sur sa personne, Napoléon résolut aussitôt de s’emparer du prince et de faire un exemple éclatant. Une fois la faute commise de transporter la force armée sur le territoire du grand-duché de Bade, pour se saisir du duc d’Enghien, la mort de ce dernier paraît inévitable.

Quand un homme se présente devant un conseil de guerre, et qu’il déclare avoir porté les armes contre son pays, être prêt à les porter encore, être à la solde des ennemis de la France, la sentence n’est pas douteuse ; son exécution n’est plus qu’une question d’heures. Le prince fut condamné en vertu de l’article 2 de la loi du 6 octobre 1791, ainsi conçu : « Toute conspiration et complot tendant à troubler l’État par une guerre civile, et armant les citoyens les uns contre les autres, ou contre l’exercice de l’autorité légitime, sera puni de mort. »

Voici textuellement un passage de l’interrogatoire du duc d’Enghien :

« A lui demandé s’il a pris les armes contre la France.

« A répondu qu’il avait fait toute la guerre, et qu’il persistait dans la déclaration qu’il a faite au capitaine rapporteur et qu’il a signée. A de plus ajouté qu’il était prêt à faire la guerre et qu’il désirait avoir du service dans la nouvelle guerre de l’Angleterre contre la France. »

L’accusé qui fait de telles réponses montre assurément une noble fierté, mais il est fatalement condamné. Le malheureux prince connaissait parfaitement la gravité de sa situation. Aux exhortations du président qui l’engageait à ne pas persister dans ses déclarations, qui l’avertissait que les commissions militaires jugeaient sans appel, il répondit : « Je le sais, et je ne me dissimule pas le danger que je cours. »

Si, à côté du crime avoué de complot contre la sûreté de l’État, on recherche les présomptions qui existaient alors sur le rôle du duc d’Enghien dans les conciliabules où avait été décidé l’enlèvement, c’est-à-dire la mort du Premier Consul, il ne faut pas oublier qu’à la question suivante : « Quel rôle deviez-vous jouer dans l’attaque ? » posée à Georges Cadoudal, dans son interrogatoire du 9 mars 1804, ce dernier répondit : « Celui qu’un des ci-devant princes français, qui devait se trouver à Paris, m’aurait assigné. »

Il n’est pas inutile de mentionner que, parmi les juges du duc d’Enghien qui le condamnèrent à mort à l’unanimité, aucun ne reçut de marque spéciale de la faveur consulaire ou impériale, qu’aucun parmi eux n’éleva jamais la voix pour insinuer qu’on avait pesé sur sa conscience. Voici leurs noms : le général Hulin, les colonels Suitton, Bazancourt, Ravier, Barrois, Rabbe et le major Dautancourt.

Il restait au Premier Consul, après la condamnation, le droit, peut-être le devoir, de faire grâce. Il ne voulut pas en user. Il jugea qu’il avait l’obligation de montrer à ses ennemis qu’il ne reculerait devant aucune mesure pour assurer la sécurité de l’État. C’est le reproche qu’on peut lui adresser ; il en a pris très loyalement, nous le répétons, toute la responsabilité.