Une promotion dans le personnel de l’état-major.

L’ordre aux généraux qui n’ont pas le nombre d’aides de camp désigné par la loi, de s’en choisir le nombre qu’elle prescrit. Cet ordre finit ainsi : « Les généraux doivent sentir qu’aucune considération particulière ne peut influer sur leur choix ; les talents, la moralité, un patriotisme pur et éclairé doivent seuls le déterminer… Les généraux sont prévenus que le chef d’état-major a des ordres très précis pour faire subir un examen aux aides de camp, et de faire remplacer ceux qui ne seraient pas propres à seconder le travail des généraux. »

Si l’on ajoute à cette liste déjà longue et variée les nombreux ordres verbaux qui n’ont pu être conservés, on se fera une idée du labeur extraordinaire que s’imposait Napoléon. Et chaque jour ainsi, à côté des préoccupations militaires proprement dites, il y a encore place pour les détails les plus minimes, tels que :

L’ordre de distribuer de la viande fraîche tous les deux jours, stipulant que « les bataillons qui ont pris de la viande salée auront demain de la viande fraîche, et ceux qui ont eu de la viande fraîche auront de la salée. Les administrations de l’armée et les ateliers d’ouvriers prendront la viande tous ensemble ».

L’ordre de faire rentrer dans les caisses de l’armée des sommes détenues indûment par des commissaires des guerres, « afin qu’il en soit disposé pour le bien du service et pour procurer au soldat ce qui lui est dû ».

Les prescriptions suivantes à un commissaire des guerres : « Transportez-vous à Varaggio et prenez des engagements pour 30 000 francs, à condition que les fourrages seront rendus à Loano, Finale, Oneille, avant le 25 du mois ; je ferai honneur à vos engagements à Albenga… je ferai partir demain cinq mille paires de souliers d’ici ; douze mille paires partiront de Marseille. Vous remettrez la lettre ci-jointe par laquelle Collot ordonne à sa maison de faire partir dix mille paires de souliers et huit cents quintaux de foin. Pressez le départ des souliers que vous avez achetés. »

La recommandation aux généraux « d’accélérer, autant qu’il leur sera possible, le travail relatif à la nouvelle réorganisation… Les généraux et adjudants généraux ne doivent pas perdre un seul instant pour faire pourvoir les troupes des objets qui peuvent leur être nécessaires. Le général en chef est instruit que les employés des fourrages se permettent de changer arbitrairement la ration, sous prétexte de la pénurie des magasins. Il leur est expressément défendu de faire délivrer des rations au-dessous de la proportion déterminée, sans un ordre par écrit des commissaires des guerres. »

La lettre au citoyen Lambert, commissaire ordonnateur en chef : « Je vous fais passer, citoyen commissaire, écrit Napoléon, une plainte portée sur le poids des rations et sur la petite romaine dont on se sert au magasin des fourrages. Il est prouvé que l’on vole les parties prenantes… Le général en chef vous ordonne de faire dresser un procès-verbal du poids des bottes de foin qui restent et qui ont été consignées à la sentinelle. Vous ferez arrêter le citoyen Michel jusqu’à ce que vous puissiez indiquer celui qui a bottelé le foin, et le garde-magasin qui s’est servi de la petite romaine. Vous voudrez bien m’informer, dans la matinée, de l’exécution de cet ordre. »

L’ordre aux commissaires des guerres « de faire passer sans délai à Carcare tout le pain qui est fait et d’activer tout ce qui en reste à faire ». La même note porte : « Rien ne peut excuser le moindre retard. Le général en chef me charge de vous répéter que le succès de nos armées tient à la subsistance, et qu’il met sous votre responsabilité le manque de pain et d’eau-de-vie. C’est au nom de la patrie que je vous demande la plus grande activité dans la confection et dans le transport. »

Napoléon suppléait à tout, payait de sa personne partout, ainsi que le prouve cette lettre à Carnot : « Je n’ai pas un officier du génie capable de reconnaître Ceva, et il faut que je m’y porte moi-même, et ma présence, cependant, est bien plus intéressante à ma droite où, peut-être dans une heure, je serai aux mains avec Beaulieu… Pourriez-vous croire que je n’ai pas, ici, un officier du génie sortant de Mézières, pas un qui ait fait un siège ou qui ait été employé dans une place fortifiée ? Les corps du génie et de l’artillerie sont livrés au commérage le plus ridicule ; on ne consulte jamais le bien du service, mais toujours les convenances des individus. Les adjoints du ministre répandent de l’eau bénite, et la patrie en souffre… » Le même jour, dans une autre lettre, insinuant que sans ces lacunes, sa victoire de Montenotte aurait été plus complète, il revient sur le même sujet en disant : « … Vous ne pouvez pas concevoir mon désespoir, je dirai presque ma rage, de n’avoir pas eu un bon officier du génie sur le coup d’œil duquel je puisse compter, et de me trouver sans artillerie légère au moment où je suis en plaine. »