«  — La grâce que vous voulez me faire est impossible, répondit M. de Pontécoulant ; je n’ai que trente-six ans, et il faut en avoir quarante.

«  — Eh bien, vous serez préfet de Bruxelles ou de toute autre ville qui vous conviendra, mais rappelez-vous que vous êtes sénateur et venez prendre votre place quand vous aurez l’âge ; je voudrais pouvoir montrer que je n’ai pas oublié ce que vous avez fait pour moi. »

Quelques années plus tard, M. de Pontécoulant, alors sénateur, se trouva dans un embarras extrême. Il avait répondu d’une somme de trois cent mille francs pour un de ses amis, devenu insolvable. L’Empereur ayant appris les ennuis de Pontécoulant, le manda aux Tuileries, lui reprocha d’être resté trois mois dans cette situation gênée, sans venir lui en faire part, et finalement lui dit : « Passez aujourd’hui même chez le trésorier de ma liste civile qui vous remettra vos cent mille écus. »

Comme antithèse aux procédés reconnaissants de l’Empereur, nous devons à la vérité de mentionner qu’à la séance du 22 juin 1815, M. de Pontécoulant fut le premier qui s’opposa au maintien de l’Empire.

Ayant résigné, auprès de Letourneur, ses fonctions dans les bureaux de la guerre, Napoléon reprend son projet de mission en Turquie, appuyé par Pontécoulant. Il se croit bien sûr de réussir, le décret est tout prêt ; il est présenté à la séance du Comité de Salut public qui demande seulement aux bureaux de l’Artillerie des renseignements sur les autres officiers faisant partie de la mission.

Il faut croire qu’on ne savait pas bien ce qu’on faisait au Comité de Salut public, car le même jour, 29 fructidor, était rendu un arrêté qui destituait Bonaparte « attendu son refus d’occuper le poste qui lui a été assigné à l’armée de l’Ouest ».

En fait, il était destitué pour ne pas occuper un poste dont il avait été relevé régulièrement quand il était employé dans les bureaux de la guerre.

C’était une dernière ironie du sort. Il y avait méprise. Il ne semblait pas difficile de faire rapporter l’arrêté qui lui enlevait son grade, mais encore fallait-il faire appuyer sa réclamation par des gens à même d’être écoutés. Il se met en campagne et va trouver ses protecteurs.

Son affaire ne tarda pas à entrer en bonne voie, car sa destitution est du 15 septembre, et, dès le 26, il écrit à Joseph : « Il est question plus que jamais de mon voyage. »

C’est sans doute en vue de son prochain départ qu’il voulut profiter des avantages résultant d’un arrêté du Comité de Salut public qui accordait aux officiers en activité du drap pour habit, redingote, gilet et culotte d’uniforme. « Bonaparte, alors chef de brigade d’artillerie à la suite, réclama, dit Ouvrard, le bénéfice du décret ; mais n’y ayant aucun droit, puisqu’il n’était pas en activité, il fut refusé. Mme Tallien lui donna une lettre pour M. Lefeuve, ordonnateur de la dix-septième division, et peu de jours avant la fameuse journée de vendémiaire, le commissaire accueillit la recommandation de Mme Tallien en accordant du drap à Bonaparte. »