« Millions de baisers et même à Fortuné (chien de Joséphine) en dépit de sa méchanceté. »

Lettre du lendemain, 18 :

« … Je suis fort inquiet de savoir comment tu te portes, ce que tu fais. J’ai été dans le village de Virgile, sur les bords du lac, au clair argentin de la lune, et pas un instant sans songer à Joséphine !… J’ai perdu ma tabatière ; je te prie de m’en choisir une, un peu plate, et d’y faire écrire quelque chose de joli dessus, avec tes cheveux.

« Mille baisers aussi brûlants que tu es froide. »

Moins il est payé de retour par sa femme, plus il insiste. Le surlendemain, 19, il écrit :

« Il y a deux jours que je suis sans lettre de toi. Voilà trente fois aujourd’hui que je me suis fait cette observation : tu sens que cela est bien triste… J’ai reçu un courrier de Paris. Il y avait deux lettres pour toi ; je les ai lues. Cependant, bien que cette action me paraisse toute simple et que tu m’en aies donné la permission, l’autre jour, je crains bien que cela ne te fâche, et cela m’afflige bien. J’aurais voulu les recacheter : fi ! ce serait une horreur. Si je suis coupable, je te demande grâce… Je voudrais que tu me donnasses permission entière de lire tes lettres : avec cela il n’y aurait plus de remords, ni de crainte… Je fais appeler le courrier ; il me dit qu’il est passé chez toi, et que tu lui as dit que tu n’avais rien à lui ordonner. Fi ! méchante, laide, cruelle, tyranne, petit joli monstre ! Tu te ris de mes menaces et de mes sottises ! Ah ! si je pouvais, tu sais bien, t’enfermer dans mon cœur, je t’y mettrais en prison.

« Apprends-moi que tu es gaie, bien portante et bien triste. »

Deux jours après, nouvelle lettre, de Castiglione :

« … Je partirai cette nuit pour Peschiera, pour Vérone, et, de là, j’irai à Mantoue, et peut-être à Milan, recevoir un baiser, puisque tu m’assures qu’ils ne sont pas glacés : j’espère que tu seras parfaitement rétablie alors, et que tu pourras m’accompagner à mon quartier général pour ne plus me quitter. N’es-tu pas l’âme de ma vie et le sentiment de mon cœur ?

« … Adieu, belle et bonne, toute nonpareille, toute divine ; mille baisers nouveaux. »