A Brescia, la réunion des deux époux fut troublée par la rentrée en campagne de Wurmser, qui venait au secours de Mantoue. Joséphine dut retourner seule à Milan, non sans courir quelques dangers.

A partir de ce moment, l’indifférence de Joséphine s’accentue, et Napoléon commence à la comprendre.

Cependant, sa lettre du 31 août, de Brescia, nous montre encore la même fougue juvénile dans son amour : « Je pars à l’instant pour Vérone. J’avais espéré recevoir une lettre de toi ; cela me met dans une inquiétude affreuse. Tu étais un peu malade, lors de mon départ ; je t’en prie, ne me laisse pas dans une pareille inquiétude… comment peux-tu oublier celui qui t’aime avec tant de chaleur ? Trois jours sans lettres de toi ; je t’ai cependant écrit plusieurs fois. L’absence est horrible, les nuits sont longues, ennuyeuses et fades ; la journée est monotone.

« … Pense à moi, vis pour moi, sois souvent avec ton bien-aimé et crois qu’il n’est pour lui qu’un seul malheur qui l’effraye, ce serait de n’être plus aimé de sa Joséphine. » Le surlendemain, toujours sans nouvelles, il écrit : « Point de lettres de toi, cela m’inquiète vraiment ; l’on m’assure cependant que tu te portes bien et que même tu as été te promener au lac de Côme. J’attends tous les jours avec impatience le courrier où tu m’apprendras de tes nouvelles ; tu sais combien elles me sont chères… » A-t-on assez parlé de l’emportement du caractère de Napoléon vis-à-vis de sa femme ? Et pourtant, en dépit de la froideur de cette dernière, quelle persévérance ne met-il pas dans son illusion !

Quelques jours plus tard, l’informant de ses succès : « L’ennemi a perdu, ma chère amie, dix-huit mille hommes prisonniers, le reste tué ou blessé. Wurmser n’a plus d’autre ressource que de se jeter dans Mantoue.

« Jamais nous n’avons eu de succès aussi constants et aussi grands : l’Italie, le Frioul, le Tyrol sont assurés à la République… »

Lisez la conclusion de ce bulletin de victoires : « Sous peu de jours, nous nous verrons ; c’est la plus douce récompense de mes labeurs et de mes peines.

« Mille baisers ardents et bien amoureux. »

L’humble attitude du jeune héros mettant un amas de trophées aux pieds de Joséphine, ne suffisait pas à celle-ci pour lui inspirer, ne disons pas de l’amour, mais du moins quelques ménagements. Témoin ces plaintes du 17 septembre : « Je t’écris, ma bonne amie, bien souvent, et toi, peu. Tu es une méchante et une laide, bien laide, autant que tu es légère. Cela est perfide, tromper un pauvre mari, un tendre amant. Doit-il perdre ses droits parce qu’il est loin, chargé de besogne, de fatigue et de peine ? Sans sa Joséphine, sans l’assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la terre ? Qu’y ferait-il ?

« Nous avons eu hier une affaire très sanglante, l’ennemi a perdu beaucoup de monde et a été complètement battu. Nous lui avons pris le faubourg de Mantoue.