« Je me porte bien, cependant le temps est affreux ; je change d’habits deux fois par jour, tant il pleut. » (12 octobre 1805.)
« J’ai été, ma bonne Joséphine, plus fatigué qu’il ne fallait une semaine tout entière, et toute la journée l’eau sur le corps et les pieds froids m’ont fait un peu de mal, mais la journée d’aujourd’hui où je ne suis point sorti m’a reposé… » (19 octobre 1805.)
« Il y a fort longtemps que je n’ai reçu de tes nouvelles. Les belles fêtes de Bâle et de Stuttgart font-elles oublier les pauvres soldats qui vivent couverts de boue, de pluie et de sang ?… Adieu, mon amie. Mon mal d’yeux est guéri. » (10 décembre 1805.)
De ces dernières lignes, on peut inférer que, malgré toute sa bonne volonté, la nature de Joséphine reprenait parfois le dessus. Elle devient folle et oublie tout, dès qu’il y a des fêtes ou des prétextes à ostentation. Si, à ce point de vue, elle est restée la même qu’en 1796, par contre, Napoléon a beaucoup changé ; il ne s’irrite ni ne se fâche plus ; c’est en termes d’une ironie un peu lourde qu’il gourmande la négligence de sa femme : « Grande Impératrice, écrit-il dix jours plus tard, pas une lettre de vous depuis votre départ de Strasbourg. Vous avez passé à Bade, à Stuttgart, à Munich, sans nous écrire un mot. Ce n’est pas bien aimable ni bien tendre ! je suis toujours à Brunn. Les Russes sont partis, j’ai une trêve. Dans peu de jours, je verrai ce que je deviendrai. Daignez, du haut de vos grandeurs, vous occuper un peu de vos esclaves. » (19 décembre 1805.)
Peu de jours après, les deux époux se réunirent à Munich, à l’occasion du mariage du prince Eugène, qui, par l’entremise de l’Empereur, avait obtenu la main d’Auguste, fille du roi de Bavière.
Avec la campagne de Prusse, en 1806, se trouve reprise la correspondance. Les lignes que nous allons mettre sous les yeux du lecteur sont donc contemporaines du plus haut prestige de Napoléon :
« … J’ai déjà engraissé depuis mon départ ; je fais, de ma personne, vingt à vingt-cinq lieues par jour à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à huit heures et suis levé à minuit, je songe quelquefois que tu n’es pas encore couchée. » (13 octobre 1806.)
« … Tu as tort de montrer tant de bonté à des gens qui s’en montrent indignes. Madame L… est une sotte, si bête que tu devrais la connaître et ne lui porter aucune attention. » (29 novembre 1806.)
« Mon amie, ta lettre du 20 janvier m’a fait de la peine ; elle est trop triste. Voilà le mal de n’être pas un peu dévote ! Tu dis que ton bonheur fait ta gloire… Cela n’est pas conjugal, il faut dire : le bonheur de mon mari fait ma gloire… Joséphine, votre cœur est excellent, et votre raison faible ; vous sentez à merveille, mais vous raisonnez moins bien. — Voilà assez de querelle ; je veux que tu sois gaie, contente de ton sort… » (12 février 1807.)
« … Paris achèvera de te rendre la gaieté et le repos, le retour de tes habitudes, la santé. Je me porte à merveille. Le temps et le pays sont mauvais. Mes affaires vont assez bien ; il gèle et dégèle dans vingt-quatre heures ; l’on ne peut voir un hiver aussi bizarre… » (21 janvier 1807.)