« Mon amie, il y a deux ou trois jours que je ne t’ai écrit ; je me le reproche, je connais tes inquiétudes. Je me porte fort bien ; mes affaires sont bonnes. Je suis dans un mauvais village où je passerai encore bien du temps ; cela ne vaut pas la grande ville. Je te le répète, je ne me suis jamais si bien porté ; tu me trouveras fort engraissé… » (2 mars 1807.)
« Il faut absolument en tout vivre comme tu vivais lorsque j’étais à Paris. Alors tu ne sortais pas pour aller aux petits spectacles ou autres lieux. Tu dois toujours aller en grande loge… Les grandeurs ont leurs inconvénients : une impératrice ne peut pas aller où va une particulière… » (25 mars 1807.)
« Vois peu cette madame de P… : c’est une femme de mauvaise société ; cela est trop commun et trop vil… » (27 mars 1807.)
« Je viens de porter mon quartier général dans un très beau château, dans le genre de celui de Bessières, où j’ai beaucoup de cheminées ; ce qui m’est fort agréable, me levant souvent la nuit, j’aime à voir le feu… » (2 avril 1807.)
« On dit que l’archichancelier (Cambacérès) est amoureux ; cela est-il une plaisanterie, ou cela est-il vrai ? Cela m’a amusé, tu m’en aurais dit un mot ! » (2 mai 1807.)
« Je conçois tout le chagrin que doit te causer la mort de ce pauvre Napoléon (son neveu, fils de Louis) ; tu peux comprendre la peine que j’éprouve. Je voudrais être près de toi, pour que tu fusses modérée et sage dans ta douleur… Que j’apprenne que tu as été raisonnable et que tu te portes bien ! Voudrais-tu accroître ma peine ? » (14 mai 1807.)
Plusieurs lettres successives sont remplies de consolations au sujet de ce deuil ; nous relevons ces mots adressés à Hortense :
« … N’altérez point votre santé, prenez des distractions et sachez que la vie est semée de tant d’écueils et peut être la source de tant de maux que la mort n’est pas le plus grand de tous… » (20 mai 1807.)
Ce n’est qu’au moment de la célèbre entrevue de Tilsitt que la correspondance de Napoléon et de Joséphine reprit son ton habituel. La mémorable réunion des empereurs a donné lieu, chez la plupart des historiens, à des relations hyperboliques. On va voir combien tout est ramené à de simples proportions, sous la plume du principal acteur de cette sorte d’apothéose féerique d’un humble lieutenant d’artillerie courtisé par les héritiers des plus anciennes monarchies de l’Europe :
« Mon amie, je viens de voir l’empereur Alexandre, j’ai été fort content de lui : c’est un fort beau, bon et jeune homme ; il a de l’esprit plus qu’on ne le pense communément. » (25 juin 1807.)