En voyage ou dans ses campagnes, il est en correspondance directe avec Mme de Montesquiou, la gouvernante.
En route pour la guerre de Russie, l’Empereur lui écrit : « … J’espère que vous m’apprendrez bientôt que les quatre dernières dents sont faites. J’ai accordé pour la nourrice tout ce que vous m’avez demandé ; vous pouvez lui en donner l’assurance. »
Rien, ni la somme de travail considérable qu’il s’imposait, ni les soucis du début d’une guerre formidable, ni la responsabilité du commandement d’une armée de trois cent mille hommes, ne détournait la pensée de l’Empereur du berceau de son cher enfant.
Ce fut avec une grande émotion qu’il reçut, à la veille de la bataille de la Moskowa, le portrait du petit roi de Rome, que lui envoyait l’Impératrice. Napoléon, à la porte de sa tente, acclamé par ses soldats, contempla ce portrait avec amour, puis soudain, trahissant les inquiétudes qui l’agitaient, il dit à son secrétaire : « Retirez-le, il voit de trop bonne heure un champ de bataille. »
XXI
Jusqu’à présent, nous n’avons pu juger Napoléon qu’aux époques où la fortune ne cessait de lui être favorable. L’heure des revers a sonné, ils vont être immenses, de nature à reléguer bien loin le souci des détails du ménage, et cependant, malgré l’effort colossal qu’il fait pour se défendre contre les épouvantables catastrophes qui fondent sur lui, Napoléon conservera pour sa femme et son enfant les mêmes attentions vigilantes, les mêmes délicatesses qu’aux jours de la prospérité.
En 1813, il écrit à Cambacérès : « … Les ministres ne doivent pas parler à l’Impératrice de choses qui pourraient l’inquiéter ou la peiner. » Après la bataille de Dresde, il adresse ces mots à Mme de Montesquiou : « … Je vois avec plaisir que mon fils grandit et continue à donner des espérances. Je ne puis que vous témoigner ma satisfaction pour tous les soins que vous en prenez. »
Pendant cette terrible campagne, désireux de voir sa femme, il l’avait fait venir à Mayence ; il s’y rendit le 26 juillet : « Il me parlait, dit Caulaincourt, de ce rendez-vous donné à sa Louise avec un entraînement de jeune homme ; alors il faisait trêve aux soucis, et sa physionomie radieuse n’offrait aucune trace des émotions douloureuses du commencement de notre entretien… »
Au moment où, après un espoir de paix, l’Empereur se voit forcé de lutter contre la coalition de l’Europe entière, il s’inquiète des plus petites choses relatives à sa femme : « J’ai été mécontent d’apprendre, écrit-il au grand chambellan, que la fête du 15 août avait été mal disposée et les mesures si mal prises que l’Impératrice avait été retenue par une mauvaise musique un temps infini… Enfin, il y avait un bien petit inconvénient à faire sortir un peu plus tôt l’Impératrice d’un spectacle où elle étouffait de chaleur… »
Pendant la campagne de France, où, par un effort surhumain, donnant tout son essor à un génie qui n’a pas été égalé, il défend pied à pied le sol de la patrie, et tient en respect avec trente mille hommes toutes les puissances de l’Europe, il écrit de Nogent : « … Tenez gaie l’Impératrice, elle se meurt de consomption. »