[1: Schopenhauer entend par son grand ouvrage son traité intitulé: Die Welt als Wille und Vorstellung (Le monde comme volonté et représentation).]
[2: La nature va s'élevant constamment, depuis l'action mécanique et chimique du règne inorganique jusqu'au règne végétal avec ses sourdes jouissances de soi-même; d'ici au règne animal avec lequel se lève l'aurore de l'intelligence et de la conscience; puis, à partir de ces faibles commencements, montant degré à degré, toujours plus haut, pour arriver enfin, par un dernier et suprême effort, à l'homme, dans l'intellect duquel elle atteint alors le point culminant et le but de ses créations, donnant ainsi ce qu'elle peut produire de plus parfait et de plus difficile. Toutefois, même dans l'espèce humaine, l'entendement présente encore des gradations nombreuses et sensibles, et il parvient très rarement jusqu'au degré le plus élevé, jusqu'à l'intelligence réellement éminente. Celle-ci est donc, dans son sens le plus étroit et le plus rigoureux, le produit le plus difficile, le produit suprême de la nature; et, par suite, elle est ce que le monde peut offrir de plus rare et de plus précieux. C'est dans une telle intelligence qu'apparaît la connaissance la plus lucide et que le monde se reflète, par conséquent, plus clairement et plus complètement que partout ailleurs. Aussi l'être qui en est doué possède-t-il ce qu'il y a de plus noble et de plus exquis sur terre, une source de jouissances auprès desquelles toutes les autres sont minimes, tellement qu'il n'a rien à demander au monde extérieur que du loisir afin de jouir sans trouble de son bien, et d'achever la taille de son diamant. Car tous les autres plaisirs non intellectuels sont de basse nature; ils ont tous en vue des mouvements de la volonté tels que des souhaits, des espérances, des craintes, des désirs réalisés, quelle qu'en soit la nature; tout cela ne peut s'accomplir sans douleurs, et, en outre, le but une fois atteint, on rencontre d'ordinaire plus ou moins de déceptions; tandis que par les jouissances intellectuelles, la vérité devient de plus en plus claire. Dans le domaine de l'intelligence ne règne aucune douleur! tout y est connaissance. Mais les plaisirs intellectuels ne sont accessibles à l'homme que par la voie et dans la mesure de sa propre intelligence. Car «tout l'esprit, qui est au monde, est inutile à celui qui n'en a point.» Toutefois il y a un désavantage qui ne manque jamais d'accompagner ce privilège: c'est que, dans toute la nature, la facilité à être impressionné par la douleur augmente en même temps que s'élève le degré d'intelligence et que, par conséquent, elle arrivera à son sommet dans l'intelligence la plus élevée. (Note de Schopenhauer.)]
[3: La vulgarité consiste au fond en ceci que le vouloir l'emporte totalement, dans la conscience, sur l'entendement; par quoi les choses en arrivent à un tel degré que l'entendement n'apparaît que pour le service de la volonté: quand ce service ne réclame pas d'intelligence, quand il n'existe de motifs ni petits ni grands, l'entendement cesse complètement et il survient une vacuité absolue de pensées. Or le vouloir dépourvu d'entendement est ce qu'il y a de plus bas; toute souche le possède et le manifeste quand ce ne serait que lorsqu'elle tombe. C'est donc cet état qui constitue la vulgarité. Ici, les organes des sens et la minime activité intellectuelle, nécessaires à l'appréhension de leurs données, restent seuls en action; il en résulte que l'homme vulgaire reste toujours ouvert à toutes les impressions et perçoit instantanément tout ce qui se passe autour de lui, au point que le son le plus léger, toute circonstance quelque insignifiante qu'elle soit, éveille aussitôt son attention, tout comme chez les animaux. Tout cela devient apparent sur son visage et dans tout son extérieur, et c'est de là que vient l'apparence vulgaire, apparence dont l'impression est d'autant plus repoussante que, comme c'est le cas le plus fréquent, la volonté, qui occupe à elle seule alors la conscience, est basse, égoïste et méchante. (Note de Schopenhauer.)]
[4: Le fondement de la morale, traduit par M. Burdeau, in 18 (Bibliothèque de philosophie contemporaine).]
[5: En français dans l'original.]
[6: Les classes les plus élevées, dans leur éclat, leur splendeur et leur faste, dans leur magnificence et leur ostentation de toute nature, peuvent se dire: Notre bonheur est placé entièrement en dehors de nous; son lieu, ce sont les têtes des autres. (Note de Schopenhauer.)]
[7: Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciat alter (Ton savoir n'est rien, si tu ne sais pas que les autres le savent.) (Note de l'auteur.)]
[8: En français, dans l'original.]
[9: Je trouve dans la traduction roumaine des Aphorismes par T. Maioresco (voy. Convorbirile Literare, 10e année, page 130; Jassy, 1876) une note relative à ce passage et rappelant que «Schopenhauer a publié ses Aphorismes en 1851.» J'ai cru de mon devoir de la mentionner ici, car cette date a une haute importance: elle dégage l'impartialité du philosophe allemand que les passages concernant la «vanité française» et le «bigotisme anglais» auraient pu compromettre quelque peu aux yeux des lecteurs. C'est à ce titre que j'ai voulu donner aussi la date dont il est question, rappelée, avec une intention si manifeste, par M. Maioresco. (Note du trad.)]
[10: En français dans l'original.]