[11: Schopenhauer va justifier cette qualification quelques lignes plus bas. (Note du trad.)]

[12: De W. Lessing. (Note du trad.)]

[13: Un manuscrit de Schopenhauer, intitulé Adversaria, contient le premier projet de cette dissertation, sous le titre: Esquisse d'une dissertation sur l'honneur. L'éloquence et l'élévation de pensées et de sentiment m'ont engagé à donner ici la traduction de ce passage:

«Voilà donc ce code! Et voilà l'effet étrange et grotesque que produisent, quand on les ramène à des notions précises et qu'on les énonce clairement, ces principes auxquels obéissent aujourd'hui encore, dans l'Europe chrétienne, tous ceux qui appartiennent à la soi-disant bonne société et au soi-disant bon ton. Il en est même beaucoup de ceux à qui ces principes ont été inoculés dès leur tendre jeunesse, par la parole et par l'exemple, qui y croient plus fermement encore qu'à leur catéchisme; qui leur portent la vénération la plus profonde et la plus sincère; qui sont prêts, à tout moment, à leur sacrifier leur bonheur, leur repos, leur santé et leur vie; qui sont convaincus que leur racine est dans la nature humaine, qu'ils sont innés, qu'ils existent a priori et sont placés au-dessus de tout examen. Je suis loin de vouloir porter atteinte à leur cœur; mais je dois déclarer que cela ne témoigne pas en faveur de leur intelligence. Ainsi ces principes devraient-ils, moins qu'à toute autre, convenir à cette classe sociale destinée à représenter l'intelligence, à devenir le «sel de la terre», et qui se prépare en conséquence pour cette haute mission; je veux parler de la jeunesse académique, qui, en Allemagne, hélas! obéit à ces préceptes plus que toute autre classe. Je ne viens pas appeler ici l'attention des jeunes étudiants sur les conséquences funestes ou immorales de ces maximes; on doit l'avoir déjà souvent fait. Je me bornerai donc à leur dire ce qui suit: Vous, dont la jeunesse a été nourrie de la langue et de la sagesse de l'Hellade et du Latium, vous, dont on a eu le soin inappréciable d'éclairer de bonne heure la jeune intelligence des rayons lumineux émanés des sages et des nobles de la belle antiquité, quoi, c'est vous qui voulez débuter dans la vie en prenant pour règle de conduite ce code de la déraison et de la brutalité? Voyez-le, ce code, quand on le ramène, ainsi que je l'ai fait ici, à des notions claires, comme il est étendu, là, à vos yeux, dans sa pitoyable nullité; faites-en la pierre de touche, non de votre cœur, mais de votre raison. Si celle-ci ne le rejette pas, alors votre tête n'en pas apte à cultiver un champ où les qualités indispensables sont une force énergique de jugement qui rompe facilement les liens du préjugé, et une raison clairvoyante qui sache distinguer nettement le vrai du faux là même où la différence est profondément cachée et non pas, comme ici, où elle est palpable; s'il en est ainsi, mes bons amis, cherchez quelque autre moyen honnête de vous tirer d'affaire dans le monde, faites-vous soldats, ou apprenez quelque métier, car tout métier est d'or.»]

[14: Voici comment Schopenhauer résume cette histoire:

«Deux hommes d'honneur, dont l'un s'appelait Desglands, courtisaient la même femme: ils sont assis à table à côté l'un de l'autre et vis-à-vis de la dame, dont Desglands cherche à fixer l'attention par les discours les plus animés; pendant ce temps, les yeux de la personne aimée cherchent constamment le rival de Desglands, et elle ne lui prête à lui-même qu'une oreille distraite. La jalousie provoque chez Desglands, qui tient à la main un œuf à la coque, une contraction spasmodique; l'œuf éclate, et son contenu jaillit au visage du rival. Celui-ci fait un geste de la main; mais Desglands la saisit et lui dit à l'oreille: «Je le tiens pour reçu.» Il se fait un profond silence. Le lendemain Desglands paraît la joue droite couverte d'un grand rond de taffetas noir. Le duel eut lieu, et le rival de Desglands fut grièvement, mais non mortellement blessé. Desglands diminua alors son taffetas noir de quelques lignes. Après guérison du rivai, second duel; Desglands le saigna de nouveau et rétrécit encore son emplâtre. Ainsi cinq à six fois de suite: après chaque duel, Desglands diminuait le rond de taffetas, jusqu'à la mort du rival.»]

[15: L'honneur chevaleresque est l'enfant de l'orgueil et de la folie (la vérité opposée à ces préceptes se trouve nettement exprimée dans la comédie El principe constante par ces mots: Esa es la herencia de Adan[16]).

Il est frappant que cet extrême orgueil ne se rencontre qu'au sein de cette religion qui impose à ses adhérents l'extrême humilité; ni les époques antérieures; ni les autres parties du monde ne connaissent ce principe de l'honneur chevaleresque. Cependant ce n'est pas à la religion qu'il faut en attribuer la cause, mais au régime féodal sous l'empire duquel tout noble se considérait comme un petit souverain; il ne reconnaissait aucun juge parmi les hommes, qui fût placé au-dessus de lui; il apprenait à attribuer à sa personne une inviolabilité et une sainteté absolues; c'est pourquoi tout attentat contre cette personne, un coup, une injure, lui semblait un crime méritant la mort. Aussi le principe de l'honneur et le duel n'étaient-ils à l'origine qu'une affaire concernant les nobles; elle s'étendit plus tard aux officiers, auxquels s'adjoignirent ensuite parfois, mais jamais d'une manière constante, les autres classes plus élevées, dans le but de ne pas être dépréciées. Les ordalies, quoiqu'elles aient donné naissance aux duels, ne sont pas l'origine du principe de l'honneur; elles n'en sont que la conséquence et l'application: quiconque ne reconnaît à aucun homme le droit de le juger en appelle au Juge divin.—Les ordalies elles-mêmes n'appartiennent pas exclusivement au christianisme; on les retrouve fréquemment dans le brahmanisme, bien que le plus souvent aux époques reculées; cependant il en existe encore des vestiges aujourd'hui. (Note de l'auteur.)]

[16: Le sens propre de ces mots est que la misère est le lot des fils d'Adam. (Trad.)]

[17: Vingt ou trente coups de canne sur le derrière, c'est, pour ainsi dire, le pain quotidien des Chinois. C'est une correction paternelle du mandarin, laquelle n'a rien d'infamant, et qu'ils reçoivent avec actions de grâces. (Lettres édifiantes et curieuses, éd. 1819, vol. XI, p. 454.) (Citation de l'auteur).]