Villeneuve-de-Berg. — J'ai été traqué immédiatement par la milice bourgeoise. Où est votre certificat? Puis la difficulté ordinaire: qu'il ne contenait pas de signalement. Pas de papiers? La chose était, disaient-ils, de grande importance, et chacun d'eux parlait comme s'il se fût agi d'un bâton de maréchal. Ils m'accablèrent de questions et finirent par me déclarer suspect, ne pouvant concevoir qu'un fermier de Suffolk vînt voyager dans le Vivarais. Avait-on jamais entendu parler de voyages entrepris par intérêt pour l'agriculture? Il fallait emporter mon passeport à l'Hôtel de ville, assembler le conseil permanent et mettre un homme de faction à ma porte. Je leur répondis qu'ils pouvaient faire ce que bon leur semblait, pourvu qu'ils ne m'empêchent pas de dîner, parce que j'avais faim; ils se retirèrent. À peu près une demi- heure ensuite, un homme de bonne mine, croix de Saint-Louis, vint me faire quelques questions très polies et ne sembla pas conclure de mes réponses qu'il y eût en ce moment de conspiration très dangereuse entre Marie-Antoinette et A. Young. Il sortit en me disant qu'il espérait que je n'aurais à rencontrer aucune difficulté. Une autre demi-heure se passa et un soldat vint me prendre pour me conduire à l'Hôtel de ville, où le conseil était assemblé. On me posa de nombreuses questions, et j'entendis quelquefois s'étonner qu'un fermier anglais voyageât si loin pour observer l'agriculture, mais d'une manière convenable et bienveillante; et quoique ce voyage parût aussi nouveau que celui de ce philosophe ancien qui faisait le tour du monde monté sur une vache et se nourrissant de son lait, on ne trouva rien d'invraisemblable dans mon récit, mon passeport fut signé, on m'assura de tous les bons offices dont je pourrais avoir besoin, et ces messieurs me congédièrent en hommes bien élevés. Je leur contai la façon dont j'avais été traité à Thuytz, ils la condamnèrent fortement. Saisissant l'occasion, je leur demandai où se trouvait Pradel (Pradelles), terre d'Olivier de Serres, le fameux écrivain français sur l'agriculture du temps d'Henri IV. On me fit voir sur-le-champ par la fenêtre sa maison de ville, en ajoutant que Pradelles était à moins d'une demi-lieue. Comme c'était une des choses que j'avais notées avant de venir en France, je ne fus pas peu satisfait de ces renseignements. Pendant cet interrogatoire, le maire m'avait présenté à un monsieur qui avait fait une traduction de Sterne; à mon retour à l'auberge je vis que c'était M. de Boissière, avocat général au parlement de Grenoble. Je ne voulus pas quitter cette ville sans connaître un peu une personne qui s'était distinguée plus d'une fois par sa connaissance de la littérature anglaise: j'écrivis donc un billet où je lui demandai la faveur de m'accorder un entretien avec un homme qui avait fait parler à notre inimitable auteur la langue du peuple qu'il aimait tant. M. de Boissière vint immédiatement, m'emmena chez lui, me présenta à sa femme et à quelques amis, et comme je montrais beaucoup d'intérêt pour ce qui avait rapport à Olivier de Serres, il me proposa une promenade à Pradelles. On croira aisément que cela entrait trop bien dans mes goûts pour refuser, et j'ai rarement passé de soirée plus agréable. Je contemplais la demeure de l'illustre père de l'agriculture française, de l'un des plus grands écrivains sur cette matière qui eussent alors paru dans le monde, avec cette vénération que ceux- là sentent seuls qui se sont adonnés à quelques recherches particulières et dont ils savourent en de tels moments les plus exquises jouissances. Je veux ici rendre honneur à sa mémoire, deux cents ans après ses efforts. C'était un excellent cultivateur et un excellent patriote, et Henri IV ne l'eût pas choisi comme l'agent principal de son grand projet de l'introduction de la culture des mûriers en France, sans sa renommée considérable, renommée gagnée à juste titre, puisque la postérité l'a confirmée. Il y a trop longtemps qu'il est mort pour se faire une idée précise de ce que devait être la ferme. La plus grande partie se trouve sur un sol calcaire; il y a près du château un grand bois de chênes, beaucoup de vignes et des mûriers en abondance, dont quelques-uns sont assez vieux pour avoir été plantés de la main vénérable de l'homme de génie qui a rendu ce sol classique. Le domaine de Pradelles, dont le revenu est d'environ 5 000 livres (218 liv. st. 15 sh.), appartient à présent au marquis de Mirabel, qui le tient de sa femme, descendante des de Serres. J'espère qu'on l'a exempté de taxes à tout jamais; celui qui, dans ses écrits, a posé les fondements de l'amélioration d'un royaume, devrait laisser à sa postérité quelques marques de la gratitude de ses concitoyens. Quand on montra, comme on me l'a montrée, la ferme de Serres à l'évêque actuel de Sisteron, il remarqua que la nation devrait élever une statue à la mémoire de ce grand génie: le sentiment ne manque pas de mérite, quoiqu'il ne dépasse pas en banalité l'offre d'une prise de tabac; mais si cet évêque a en main une ferme bien cultivée, il lui fait honneur. Soupé avec monsieur et madame de Boissière, etc., et joui d'une agréable conversation. — 21 milles.

Le 21. — M. de Boissière, voulant avoir mon avis sur les améliorations à faire dans une ferme qu'il avait achetée à six ou sept milles de Berg, sur la route de Viviers, où j'allais, il m'accompagna jusque-là. Je lui conseillai d'en enclore bien une partie chaque année, finissant avec soin la chose commencée avant de passer à une autre, ou de ne pas s'en mêler du tout; puis je le prémunis contre l'abus de l'écobuage. Je crains cependant que son homme d'affaires ne l'emporte sur le fermier anglais. J'espère qu'il aura reçu la graine de navets que je lui ai envoyée. Dîné à Viviers et passé le Rhône. L'arrivée à l'Hôtel de Monsieur, grand et bel établissement à Montélimart, après les auberges du Vivarais où il n'y a que de la saleté, des punaises et des buffets mal garnis, ressemblait au passage d'Espagne en France: le contraste est frappant, et je me frottai les mains d'être de nouveau dans un pays chrétien, chez les milords Ninchitreas et les miladis Bettis de M. Chabot[28] — 23 milles.

Le 22. — Ayant une lettre pour M. Faujas de Saint-Fond, le célèbre naturaliste, auquel le monde doit plusieurs ouvrages importants sur les volcans, les aérostats et d'autres sujets de l'étude de la nature, j'eus la satisfaction d'apprendre, en le demandant, qu'il était à Montélimart, et de voir, en lui rendant visite, un homme de sa valeur bien logé et paraissant dans l'aisance. Il me reçut avec cette politesse franche qui fait partie de son caractère, et me présenta sur-le-champ à M. l'abbé Bérenger, qui est un de ses voisins de campagne et un excellent cultivateur, et à un autre monsieur qui partage les mêmes goûts. Le soir, il m'emmena faire visite à une dame de ses amies adonnée aux mêmes recherches, madame Cheinet, dont le mari est membre de l'Assemblée nationale; s'il a le bonheur de rencontrer à Versailles une dame aussi accomplie que celle qu'il a laissée à Montélimart, sa mission ne sera pas stérile et il pourra s'employer mieux qu'à voter des régénérations. Cette dame nous accompagna dans une promenade aux environs, et je fus enchanté de la trouver excellente fermière, très habile dans la culture, et tout à fait disposée à répondre à nos questions, particulièrement sur la culture de la soie. La naïveté de ce caractère et l'agréable conversation de cette personne avaient un charme qui m'aurait rendu délicieux un plus long séjour ici; mais la charrue!…

Le 23. — Accompagné M. Faujas à sa terre de l'Oriol (Loriol), à 15 milles nord de Montélimart; il est en train de bâtir une belle maison. Je fus content de voir sa ferme monter à 280 septerées de terre; ma satisfaction eût été plus grande si je n'y avais pas trouvé un métayer. M. Faujas me plaît beaucoup; la vivacité, l'entrain, le phlogistique de son caractère ne dégénèrent pas en légèreté ni en affectation; il poursuit obstinément un sujet, et montre que ce qui lui plaît dans la conversation, c'est l'éclaircissement d'un point douteux par l'échange et l'examen consommé des idées qui s'y rapportent, et non pas cette vaine montre de facilité de parole qui n'amène aucun résultat. Le lendemain, M. l'abbé Bérenger vint avec un autre monsieur passer la journée; on alla visiter sa ferme. C'est un excellent homme, qui me convient beaucoup; il est curé de la paroisse et préside le conseil permanent. Il est à présent enflammé d'un projet de réunir les protestants à son église, et il nous parla avec bonheur du pouvoir qu'il avait eu de leur persuader de se mêler comme des frères à leurs concitoyens dans l'église catholique pour chanter le Te Deum, le jour des actions de grâces générales pour l'établissement de la liberté; ils y avaient consenti par égard pour son caractère personnel. Sa conviction est ferme que chaque parti cédant un peu et adoucissant ou retranchant ce qu'il y a de trop blessant pour l'autre, ils pourront parvenir à un complet accord. Cette idée est si généreuse que je doute qu'elle convienne à la multitude, indocile à la voix de la raison, mais soumise à des futilités et à des cérémonies, et attachée à sa religion en raison des absurdités qu'elle y trouve. Il n'y a pas pour moi le moindre doute que la populace anglaise serait plus scandalisée de voir délaisser le symbole de saint Athanase, que tout le banc des évêques dont les lumières pourraient être une réflexion exacte de celles de la Couronne. M. l'abbé Bérenger vient d'achever un mémoire pour l'Assemblée nationale, dans lequel il propose son projet d'union des deux églises, et il a l'intention d'y ajouter une clause pour faire autoriser le mariage des prêtres. Il lui semblait évident que l'intérêt de la morale et celui de la nation demandaient que, cessant de rester isolé, le clergé partageât les relations et les attachements de ses concitoyens. Il faisait voir combien était triste la vie d'un curé de campagne, et, flattant mes goûts, il avançait que personne ne pouvait se livrer a la culture sans l'espoir de voir ses travaux continués par ses héritiers. Il me montra son mémoire, et je vis avec grand plaisir la bonne harmonie qui régnait entre gens des deux confessions, grâce, sans doute, à d'aussi bons curés. Le nombre des protestants est très considérable dans ce pays. Je l'engageai fortement à mettre à exécution son plan de mémoire sur le mariage, en l'assurant que, dans les circonstances actuelles, le plus grand honneur reviendrait à tous ceux qui soutiendraient ce mémoire, qu'on devait considérer comme la revendication des droits de l'humanité violemment et injurieusement déniés au grand détriment de la nation. Hier, avec M. Faujas de Saint-Fond, nous sommes passés près d'une congrégation de protestants, assemblés comme des druides sous cinq ou six beaux chênes, pour offrir leurs actions de grâces au Père qui leur donne le bonheur et l'espérance. Sous un semblable ciel, quel temple de pierre et de ciment pourrait égaler la dignité de celui-ci que leur a préparé la main du Dieu qu'ils révèrent? Voici un des jours les mieux remplis que j'aye passés en France: nous avons dîné longuement et en fermiers, nous avons bu à l'anglaise au progrès de la charrue, et nous avons si bien parlé agriculture que j'aurais voulu avoir mes voisins de Suffolk pour partager ma satisfaction. Si M. Faujas de Saint-Fond vient en Angleterre, je le leur présenterai avec plaisir. — Retourné le soir à Montélimart. — 30 milles.

Le 25. — Traversé le Rhône au château de Rochemaure. Ce château s'élève sur un rocher de basalte, presque perpendiculaire, décelant, par sa structure prismatique, son origine ignée. Voyez les Recherches de M. Faujas. L'après-midi, gagné Pierrelatte au milieu d'un pays stérile et sans intérêt, bien inférieur aux environs de Montélimart. — 22 milles.

Le 26. — Il ne devient guère meilleur du côté d'Orange; une chaîne de montagnes borde l'horizon sur la gauche, on ne voit rien du Rhône. Dans cette dernière ville, on voit les ruines d'un édifice romain de 60 à 80 pieds de haut, que l'on prend pour un cirque; d'un arc de triomphe, dont les beaux ornements n'ont pas tout à fait disparu, et, dans une maison pauvre, un beau pavé très bien conservé, mais inférieur à celui de Nîmes. Le vent de bise a soufflé très fort ces derniers jours, sous un ciel clair, tempérant les chaleurs, qui sans lui seraient accablantes. Je ne sais si la santé des Français s'en accommode, mais il a sur la mienne un effet diabolique, je me sentais comme prêt à tomber malade, le corps dans un malaise nouveau pour moi. Ne pensant pas au vent, je ne savais à quoi l'attribuer, mais la coïncidence des deux choses me fit voir leur rapport comme probable; l'instinct, en outre, beaucoup plus que la raison, me fait m'en garder autant que possible. Vers quatre ou cinq heures, le matin, il est si âpre qu'aucun voyageur ne se met en chemin. Il est plus pénétrant que je ne l'aurais imaginé; les autres vents arrêtent la transpiration, celui-ci semble vous dessécher jusqu'à la moelle des os. — 20 milles.

Le 27. — Avignon. Soit pour avoir vu ce nom si souvent répété dans l'histoire du moyen âge, soit les souvenirs du séjour des papes, soit plus encore la mention qu'en fait Pétrarque. Dans ses poèmes, qui dureront autant que l'élégance italienne et les sentiments du coeur humain, je ne saurais le dire, mais j'approchais de cette ville avec un intérêt, une attente, que peu d'autres ont excité en moi. La tombe de Laure est dans l'église des Cordeliers; ce n'est qu'une dalle portant une image à moitié effacée, et une inscription en caractères gothiques; une seconde fixée dans le mur montre les armes de la famille de Sade. Incroyable puissance du talent quand il s'emploie à décrire des passions communes à tous les coeurs! Que de millions de jeunes filles, belles comme Laure aussi tendrement aimées, qui, faute d'un Pétrarque, ont vécu et sont mortes dans l'oubli! Tandis que des milliers de voyageurs, guidés par ces lignes impérissables, viennent, poussés par des sentiments que le génie seul peut exciter, mêler leurs soupirs à ceux du poète qui, a voué ces restes à l'immortalité! J'ai vu dans la même église un monument au brave Crillon, j'ai visité aussi d'autres églises et d'autres tableaux; mais à Avignon, c'est toujours Laure et Pétrarque qui dominent. — 19 milles.

Le 28. — Visite au père Brouillony, visiteur provincial, qui, avec, la plus grande obligeance, me mit en rapport avec les personnes les plus capables en agriculture. De la roche où s'élève le palais du légat, on jouit d'une admirable vue des sinuosités du Rhône; ce fleuve forme deux grande îles, arrosées et couvertes, comme le reste de la plaine, de mûriers, d'oliviers et d'arbres à fruits, les montagnes de la Provence, du Dauphiné et du Languedoc bornant l'horizon. J'ai été frappé de la ressemblance des femmes d'ici avec les Anglaises. Je ne pouvais d'abord me rendre compte en quoi elle consistait; mais c'est dans la coiffure: elles se coiffent d'une manière tout à fait différente des autres Françaises.[29] Une particularité plus à l'avantage du pays, c'est qu'on ne porte pas de sabots, je n'en ai pas vu non plus en Provence. Je me suis souvent plaint de l'ignorance de mes commensaux à table d'hôte, c'est bien pis ici: la politesse française est proverbiale, mais elle n'est certainement pas sortie des moeurs de ceux qui fréquentent les auberges. On n'aura pas, une fois sur cent, la moindre attention pour un étranger, parce qu'il est étranger. La seule idée politique qui ait cours chez ces gens-là est que, si les Anglais attaquent la France, il y a un million d'hommes armés pour les recevoir; et leur ignorance ne semble pas distinguer un homme armé pour défendre sa maison de celui qui combat loin de sa terre natale. Sterne l'a bien remarqué, leur compréhension surpasse de beaucoup leur pouvoir de réfléchir. Ce fut en vain que je leur fis des questions comme les suivantes: Si une arme à feu, rouillée, dans les mains d'un bourgeois en faisait un soldat? Quand les soldats leur avaient manqué pour faire la guerre? Si jamais il leur avait manqué autre chose que de l'argent? Si la transformation d'un million d'hommes en porteurs de mousquets le rendrait plus abondant? Si le service personnel ne leur semblait pas une taxe? Si, par conséquent, la taxe payée par le service d'un million d'hommes aiderait à en payer d'autres plus utiles? Si la régénération du royaume, en mettant les armes à la main a un million d'hommes, avait rendu l'industrie plus active, la paix intérieure plus assurée, la confiance plus grande et le crédit plus ferme? Enfin je les assurai que, si les Anglais les attaquaient en ce moment, la France jouerait probablement le rôle le plus malheureux qu'elle ait connu depuis le commencement de la monarchie. «Mais, poursuivais-je, l'Angleterre, malgré l'exemple que vous lui avez donné dans la guerre d'Amérique, dédaignera une telle conduite; elle voit avec peine la constitution que vous vous faites, parce qu'elle la croit mauvaise; mais, quoi que vous établissiez, Messieurs, vous n'aurez de vos voisins que des voeux de réussite, pas un obstacle.» Ce fui en vain, ils étaient persuadés que leur gouvernement était le meilleur du monde, que c'était une monarchie et non une république, ce que je contestai; que les Anglais le croyaient excellent et qu'ils aboliraient très certainement leur chambre des lords; je les laissai se complaire dans un espoir si bien fondé. Arrivé le soir à Lille (Lisle), dont le nom s'est perdu dans la splendeur de celui de Vaucluse. Impossible de voir de plus belles cultures, de meilleures irrigations et un sol plus fertile que pendant ces seize milles. La situation de Lille est fort jolie. Au moment d'y entrer, je trouvai de belles allées d'arbres entourées de cours d'eau murmurant sur des cailloux; des personnes parfaitement mises étaient réunies pour jouir de la fraîcheur du soir, dans un endroit que je croyais être un village de montagnes. Ce fut pour moi comme une scène féerique. «Allons, disais-je, quel ennui de quitter ces beaux bois et ces eaux courantes pour m'enterrer dans quelque ville sale, pauvre, puante, étouffant entre ses murs, l'un des contrastes les plus pénibles à mes sentiments!» Quelle agréable surprise! L'auberge était hors de la ville, au milieu de ce paysage que j'avais admiré, et, de plus, une excellente auberge. Je me promenai pendant une heure au clair de la lune, sur les bords de ce ruisseau célèbre, dont les flots couleront toujours dans une oeuvre de mélodieuse poésie. Je ne rentrai que pour souper, on me servit les truites les plus exquises et les meilleures écrevisses du monde. Demain je verrai cette fameuse source. — 16 milles.

Le 29. — Les environs de Lille m'enchantent; de belles routes plantées d'arbres qui en font des promenades partent de cette ville comme d'une capitale, et la rivière se divise en tant de branches et conduites avec tant de soins, qu'il en résulte un effet délicieux, surtout pour celui dont l'oeil sait reconnaître les bienfaits de l'irrigation.

Fontaine de Vaucluse, presque aussi célèbre, que celle d'Hélicon et à juste titre. On traverse une vallée que n'égale pas le tableau qu'on se fait de Tempé; la montagne qui se dresse perpendiculairement présente à ses pieds une belle et immense caverne à moitié remplie par une eau dormante, mais limpide; c'est la fameuse fontaine; dans d'autres saisons elle remplit toute la caverne et bouillonne comme un torrent à travers les rochers; son lit est marqué par la végétation. À présent l'eau, ressort, à 200 yards plus bas, de masses de rochers, et, à très peu de distance, forme une rivière considérable détournée immédiatement par les moulins et les irrigations. Sur le haut d'un roc, auprès du village, mais au-dessous de la montagne, il y a une ruine appelée par le peuple le château de Pétrarque, qui, nous dit-on, était habité par M. Pétrarque et madame Laure.