Vierzon. — Plusieurs maisons neuves, édifices en belle pierre; la ville semble florissante et doit sans doute beaucoup à la navigation. Nous sommes actuellement en Berry, pays gouverné par une assemblée provinciale; par conséquent, les routes sont bonnes et faites sans corvées.
La petite ville de Vatan s'occupe surtout de filature. Nous y avons bu d'excellent vin de Sancerre, généreux, haut en couleur, d'une saveur riche, à 20 sous la bouteille; dans la campagne, il n'en coûte que 10. Horizon étendu aux approches de Châteauroux. Vu les manufactures. — 40 milles.
Le 3. — Nous sommes tombés, à environ 3 milles d'Argenton, sur un paysage admirable, malgré sa sévérité: c'est une vallée étroite entre deux rangs de collines boisées, se resserrant, de façon à être embrassées d'un coup d'oeil, pas un acre de sol uni, sauf le fond, que sillonne une petite rivière baignant les murs d'un vieux château placé à droite, de façon pittoresque; à gauche une tour s'élève au-dessus des bois.
Argenton. — J'ai gravi les rochers qui surplombent la ville, et une scène délicieuse s'est offerte à mes regards: la vallée, qui a 1/2 mille de large, 2 ou 3 de long, fermée, à l'une de ses extrémités, par des collines, à l'autre par Argenton et les vignes qui l'entourent, présente des traits assez abruptes pour former un ensemble pittoresque; dans le fond, la rivière serpente gracieusement au milieu d'innombrables enclos d'une charmante verdure.
Les vénérables ruines d'un château, situées près du spectateur, sont bien faites pour éveiller les réflexions sur le triomphe des arts de la paix sur les ravages barbares des âges féodaux, alors que chacune des classes de la société était plongée dans le désordre, et les rangs inférieurs dans un esclavage pire que celui de nos jours.
De Vierzon à Argenton, plaine unie et semée de bruyères. Pas d'apparence de population, les villes mêmes sont distantes. Pauvre culture, gens misérables. Par ce que j'ai pu voir, je les crois honnêtes et industrieux; ils paraissent propres, sont polis et ont bonne façon. Je pense qu'ils amélioreraient volontiers leur pays, si la société dont ils font partie était réglée par des principes tendant à la prospérité nationale. — 18 milles.
Le 4 — Traversé une suite d'enclos, qui auraient eu meilleure apparence si les chênes n'avaient perdu leurs feuilles, par suite des ravages d'insectes dont les toiles pendent encore sur leurs bourgeons. Il en repousse de nouvelles. Traversé un cours d'eau qui sépare le Berry de la Marche; on voit aussitôt paraître les châtaigniers; ils s'étendent sur les champs, et donnent la nourriture du pauvre.
De beaux bois, des accidents de terrain, mais peu de signes de population. On voit aussi des lézards pour la première fois. Il semble y avoir une corrélation entre le climat, les châtaigniers et ces innocents animaux. Ils sont très nombreux, quelques-uns ont près d'un pied de long. Couché à la Ville-au-Brun. — 24 milles.
La campagne devient plus belle. Passé un vallon où les eaux d'un petit ruisseau, retenues par une chaussée, forment un lac, principal ornement de ce tableau délicieux. Ses rives ondulées et les éminences couvertes de bois sont pittoresques; de chaque côté, les collines sont en harmonie; l'une d'elles, couverte maintenant de bruyères, peut se transformer en une pelouse pour l'oeil prophétique du goût. Rien ne manque, pour faire un jardin charmant, qu'un peu de soin.
Pendant seize milles, le pays est de beaucoup le plus beau que j'aie vu en France. Bien clos, bien boisé; le feuillage ombreux des châtaigniers donne aux collines une éclatante verdure, comme les prairies arrosées (que je vois ici pour la première fois aujourd'hui) la donnent aux vallées. Des chaînes de montagnes lointaines forment l'arrière-plan du tableau dont elles rehaussent l'intérêt. La pente qui mène à Bassines offre une superbe vue; et, à l'approche de la ville, le paysage présente un mélange capricieux de rochers, de bois et d'eaux.